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samedi 31 janvier 2026

Dixit


Dixit

Sans jamais s’enlacer, ni même s’embrasser,
Yaldabaoth contourne l’amour enfermé.
L’ouroboros infertile l’Hydre concentre,
Pour prospérer, en son inextinguible ventre.
Du Serpent subtil est tranchée la pomme acide.
Multiplie la purification fratricide.
Pénombre en trente-trois annoncée par Yohel,
Le Nom de la Genèse, ainsi qu’en un rappel,
Inscrit les nombres anciens de l’Apocalypse
Au printemps révélé d’une partielle éclipse.

                                      Joël Gissy

Le Maître des Nuées


Le Maître des Nuées

Sur la montagne où Atlas roule un firmament
Antédiluvien, Anẓaṛ, le roi des pluies,
Dans le brouillard, manipule les rêveries.
Et, de la vapeur, ainsi qu’un mirage blanc,
Marche la fiancée honorée en chantant
Sous le regard du Titan que l’ondée déleste.
« Tel l’éclair, j’ai fendu l’immensité céleste
Vers les yeux de mon étoile, ô mon cher trésor !
Que fleurissent les prairies baignées de parfums
Où le songe prendra forme dans les embruns. »
Un nuage lourd et vaste descend du nord,
Promesse évaporée de fêtes ancestrales
Au son de vielle et de percussions pluviales.
Se réjouissent de l’alloun les éclats flûtés
Ainsi que les rires à la fin des étés.

                                             Joël Gissy

Atypidae


Atypidae

Deux mygales dodues et violettes,
Jarretelles tissant des tyroliennes,
Et, regard globuleux, que tu descendes.
Le chat veut participer à la fête,
Il se fait dévorer par ces soubrettes.
Nés de la douleur, de joyeux phosphènes,
Ballet couinant de ces poupées friandes,
Dansent dans la mansarde de la tête
Ainsi que le goût d’amères amandes.

                              Joël Gissy

Haïku




Mort lente la vie
l’imagination noircit
l’enfant tête en bas

 Joël Gissy

Douceur d’armoise


Douceur d’armoise

La lune des fleurs verdoyant dans le ciel clair,
Tels de ses yeux limpides le reflet amer,
La pure et douce Eostre entourée de ses lièvres,
En caressant un petit blotti dans ses bras,
Mordille avec un air pensif ses tendres lèvres.
S’attiédit, éclosant, constellé, le frimas.
Mais, à l’aube, rougit la déesse de l’Est
Quand l’aurore dissout ainsi qu’un alkahest
Les murmures éteints de la nuit qui s’achève
Comme la nostalgie fusionnelle d’un rêve.
Du compagnon frémissant, diffuse, sauvage,
L’astre argentifère imaginant l’ombre sage.

                                          Joël Gissy

L’Enragé


L’Enragé

J’admire tous ces êtres sains,
Enthousiastes comme des chiens.
A la façon de Diogène,
J’aime bien ma niche cynique.
Chacun son art de perdre haleine,
Quand se parent ces boiseries,
Arabesques d’ombre onirique,
En floraisons de féeries.

                       Joël Gissy

lundi 26 janvier 2026

Réincarnation génétique


Réincarnation génétique

Nous voyons à travers les yeux de nos ancêtres.
Les impressions de montagnes, d’île perdue,
Imprègnent la vision qui se perpétue
Et inconsciemment, parfois, se souvient des traîtres
Retrouvés dans les traits d’un voisin hypocrite,
D’une marchande ou dans l’air bête d’un passant.
Des aïeux le sang dans nos émotions palpite
Pulsion barbare alors soudain se révélant.

                                         Joël Gissy

La Loi des Douze Tables


La Loi des Douze Tables

Cousu dans un sac avec pour la compagnie
Un chien, un singe, un coq et une vipère,
Impudeur, malice, orgueil, haine et perfidie,
Se débattait sans fin l’assassin de sa mère.
En soi-même, ainsi, l’humaine condition,
Justaucorps d’un catafalque aux miroirs sans tain.
Urne de Pandore où s'agite le démon
Semblant les passions en feu d'un génie malin,
Perversion du karma des désirs d’Aladdin,
Dans son crâne aussi noir qu’une vierge de fer
Où bout, sang de la mémoire, le philtre amer.

                                                  Joël Gissy

Les Crocs des Stalactites


Les Crocs des Stalactites

Tel envoûté par un irrésistible appel,
Comme en une caverne, à la fin d’un tunnel
Aquatique émergeant, un nageur solitaire,
Malgré les grimpements devinés téméraire,
Pénètre dans une salle aux arcs inconnus.
Aux clairs spéléothèmes, aboutit l’intrus,
De la bouche d’un monstre ainsi qu’un temple étrusque
D’Alessandro Vittoria. Pas de geste brusque,
Afin que des ténèbres la vie ne s’offusque.
Il est trop tard déjà. L’air ambiant murmure
Où rampe dans le noir une autre créature.

                                              Joël Gissy

dimanche 25 janvier 2026

Le Partage de Phédon


Le Partage de Phédon

Avant la ciguë, voyage obscur vers l’Hadès
Où l’esprit déjà végète avant la naissance,
Socrate encore évoqua l’invisible aidès
Dont croîtront les couleurs de sa luxuriance.
De la nature expérimentant la physique,
L’âme de passage aspire en sa chair mystique
A l’idéal, expirant, essaim mimétique,
Par les exemples de sa réalisation.
Vers le soleil s’envole, à l’oeil clair, le faucon.

                                      Joël Gissy

Les Stryges


Les Stryges

Le monde est une carcasse aux schèmes grouillants.
On mettait bien à l’asile des opposants
A l’époque effroyable du petit père.
Ainsi, les plus visionnaires, en parias
Dans l’instinctive et froide hiérarchie des rats.
La clairvoyance intelligente et le mystère
Terrorisent l’essaim des frelons philanthropes
Dévorant l’incompris ainsi que des cyclopes.

                                            Joël Gissy

Analepse


Analepse

Marteau de London dans une roche holocène,
Comme au fond d’un tombeau égyptien scellé
Un photographe sur un cliché retrouvé,
Et revenu bien plus tard, improbable scène,
Notre esprit, parfois, tel Octavien s’émouvant
Pour Arria Marcella rétrospectivement,
La nuit, nostalgique, à l’atrium retournant,
Voyage, téléporté, ondulant ressac,
Ou d’un galet jeté les cercles dans un lac.
Par leur intensité, des visions percutantes
Défient des temps et des lieux les lois apparentes.
Mais des portails précis, troublante anomalie,
S’ouvrent, inattendus, et le passé prend vie.

                                         Joël Gissy

Inquiétude


Inquiétude

Poème en langage des calamars
Visage soudain pris d’un rose pailleté,
Il devient progressivement orangé.
Tandis que s’empourprent les sourcils minuscules,
Comme un lent reflux d’encre, le corps vire au bleu.
Souple, la queue d’azur s’orange peu à peu.
Sourcils plus rouges ; frémissent les tentacules.

                                             Joël Gissy




Celtibéricos


Celtibéricos

Au plumage ainsi qu'une crinière orfévrée,
Auprès du pesant fourreau de sa longue épée
Posant ses armes et son casque impressionnant,
D’un guerrier sédétane ayant cloué la tête,
Dans sa chaude demeure à demi enterrée,
Sa corne de cervoise, un triomphant Kérète
Lève, avec une voix noble et grave, en chantant.
L’épouse aux visage gracieux et longues nattes,
Contrastant les accents glorieux iphicrates,
Envoûte le foyer d’une harpe songeuse.
Les convives de la tribu respectueuse
Ecoutent les exploits portés par la musique
De leur ami avec un sourire eidétique.

                                 Joël Gissy

samedi 24 janvier 2026

Le Silence paradoxal


Le Silence paradoxal

Extase innée d’un cauchemar,
Se construit la réalité,
Où l’enfant explore, égaré,
L’huis d’un labyrinthe blafard.

Dans la pénombre, le cafard
Clique sur le sol desséché.
Extase innée d’un cauchemar,
Se construit la réalité.

S’entrouvre d’un gond nasillard,
Grinçant, porte obscure, à moitié,
L’ailleurs d’un endroit familier,
D’un rouge et luisant regard,
Extase innée d’un cauchemar.

                    Joël Gissy

vendredi 23 janvier 2026

Incrédulité


Incrédulité

Un ectoplasme fugitif,
Presque en volute vaporeuse,
Passe au bord du regard tardif.
Par l’air serein, lune gibbeuse.
Dans la chambre bleue d’un château,
Accoudé le soir au manteau
De l’ancienne cheminée ;
Sur le bureau, l’âme épuisée ;
En un moment d'inattention,
Ainsi qu'une vague illusion.

                   Joël Gissy

Aspiration omnicolore


Aspiration omnicolore

Comme à la Figure en blanc de Mary Sauer,
Poser un doux baiser sous ton angle gonial.
Lointaine imagination d’un désir amer,
Mon cœur s'enfle, soupir d’un silphium germinal.
En le rêve embaumé de contrées légendaires,
Sylphide au doux visage, embrasser tes mystères.

                                                Joël Gissy

Haïku



Blanc moine alsacien
rêveur plein d’eutrapélie
rejoint l’exorciste

   Joël Gissy

La Boucle du Serpent


La Boucle du Serpent

J’ai toujours préféré le méchant de l’histoire,
Sagesse caïnite où se conçoit l’ensemble
Comme un nombre d’homme additionné, Gnose noire.
Sécurité, la prudence entre deux eaux tremble.
Mais le reflet d’Ariel remonte au firmament.
L’Hydre, ainsi qu’un ouroboros, de la Genèse
Les nombres ramifie du trismégiste plan.
De l’autre arithmétique, élu, secrètement,
Le sacrificateur, cis, au milieu des treize.

                                Joël Gissy

jeudi 22 janvier 2026

La Forêt nocturne. Illustration de Princesse Lutin.




llustration de mon poème "La Forêt nocturne" par Princesse Lutin.


La Forêt nocturne

Fleurs musicales aux mille odeurs colorées,
Tintent les clochettes en la sylve onirique,
De neigeux pollens étincelant saupoudrées.
Charmille d’un arbuste, au creux d’un feu-follet,
Joue un jeu magique un petit être violet.
Le rêveur avance en un ruisseau féerique
Sur la tendre clairière de mousse et d’épines
Comme une chambre intime embaumée de résines.

                                        Joël Gissy

mercredi 21 janvier 2026

Gestation caducéenne


Gestation caducéenne

Entre Isis et Sérapis, un vase canope
Mûrit le cœur comme un scarabée renaissant
Dessus de leurs queues de serpents l’enlacement.
Le cobra féminin porte un flambeau, d’hysope
Coiffé, rameau trempé dans un bassin de sang.
En face, androcéphale osirien, le python
Tient sur sa tête le panier de la moisson.
Harpocrate, hybride, en son récipient scellé,
Arbore le symbole au destin princier.

                                 Joël Gissy

Harpia harpyja


Harpia harpyja

Parmi les babils de la sylve tropicale,
Menaçante, ombrait l’Océanide royale.
Un aigle harpie, de ses plumes de guerrier
Hérissées sur le crâne ainsi qu’un casque grec
D’un noble bleu gris, sur sa proie pour l’étriper
Fond, pourfendant, de son impitoyable bec.
De ses serres s’agrippent, refermés, les pièges.
Son petit poussin blanc, comme un ourson des neiges,
Inclinant de côté sa tête avec espoir,
Semblerait sourire, ouvrant un œil doux et noir.

                                             Joël Gissy

L’Artiste expirant


L’Artiste expirant

Comme Brassens, disait un spirite loufoque,
Ingurgitant des cailloux, insidieux pica,
Suffoqua d’un gaz mortel Emile Zola.
Le feu de cheminée, chaleureux ventriloque,
Etreignit la poitrine embrasée doucement.
Réanimé, sans doute, d’un soupir calmant,
S’endormit le perpétuel étudiant.
Espérons que les mièvres poupées de Toulmouche
Vinssent enfin poser un baiser sur sa couche.

                                         Joël Gissy

Haïku




Près du vieux calvaire
exemple au tournant de vie
plutôt que torture

   Joël Gissy

Virgules


Virgules

Hanté, tel, mêlé de sang, un Anguished man,
L’esprit bienveillant d’un artiste chaman
Sourit, croisant ses croissants de lune aquilins.
Comme en un clin d’œil aux apartés d’airs malins,
Le mignon petit être, animé, développe
Ainsi que les fusions d’un vivant stroboscope
Semblant d’un tremblement des brasiers de Lascaux
Ou des peintures rupestres les grands chevaux
Paraissant courir sur des parois distordues
Dans les massifs boisés de plaines disparues.

                                            Joël Gissy

Présomption


Présomption

Rituel d'un insoluble mystère,
Certains chimpanzés avalent des pierres,
Toujours au pied d’un arbre centenaire,
S’accouplant sans vouloir se reproduire.
Pleurs des pachydermiques cimetières,
En discrets barissements à l’œil triste.
L’ornant de fleurs et de brins de fougères,
Un oiseau qui tresse un nid pour séduire,
Des poissons qui dessinent dans le sable.
Un cerf qui revient sans cesse à sa piste,
Et des corbeaux l’idiome variable.
Des calamars l’étrange religion.
L’orque coiffée d’un élégant saumon.

                                Joël Gissy

lundi 19 janvier 2026

Pihassassa


Pihassassa

Pégasos, né du sang de Méduse
Par Persée décapitant sa ruse,
Dieu hittite équestre environné
D’éclairs, d’un coup de sabot, percé,
Du roc fait jaillir la source vive.
Sur le ménisque, jusqu’à Ninive,
Etincèle en des arcs psychopompes
L’étalon ailé au son des trompes,
Eclaboussant le Khosr sur la rive.

                        Joël Gissy

Le Cocher du Cauchemar


Le Cocher du Cauchemar

Depuis son plus jeune âge, le petit enfant
Visitait des lieux oniriques consciemment.
Comme un archirêveur des Démons et Merveilles,
De cités étranges aux splendeurs nonpareilles
Revenu sous une autre forme emmitouflé
Pour cacher son apparence sous un turban,
Des contes hoffmanniens, de Tieck et de Gautier
Ou des gravures d’une Atlante fugitive,
Tarot égyptien de ce livre muet,
Il explora la Douat de cours infernales.
D’un labyrinthe au fond d’une arche à la dérive,
S’ouvre le foudre, lanterne verte aux galères.
L’index sur la bouche, Hermès Strophaios se tait.
Au creux d’un ruisseau féerique sur les pierres,
De sylves étincelantes et matinales
Dont verdoie filtré en bleuissant le reflet,
Marchant, plus loin, remontait un chemin connu,
Séjournant mal à son aise en une maison
Rustique ainsi qu’un chalet en dessication
Accueillant comme un lieu de crime entraperçu,
Ou s’incursant sous la rue parmi les vitraux
D’un limbe baroque aux personnages crispés
Rejouant les scènes de souvenirs figés,
D’une élégance désuète et anormaux
Avec un parfum absinthé de déjà vu,
Dans un grincement de porte mélodieux,
Parmi la pénombre aux boiseries d’un couloir,
Bougeant rarement, à peine, tels cartonneux,
Aux prophéties de ces rencontres de boudoir,
Ainsi que le valet tournoyant d’un dédale
Où l’Araignée tisse un astre, pentagonale
Car mutilée, en géométrique spirale,
Faciès à tricorne au pavage rouge et noir
Sous une pluie battante alors qu’il reste sec,
Croisant plus tard un docteur avec son long bec.

                                             Joël Gissy

dimanche 18 janvier 2026

L’Ordre du Soleil


L’Ordre du Soleil

A la fin, tout seul et chauve sous le soleil
De l’île sauvage, un vieil Allemand nudiste,
Vénérant la coque ainsi qu’un crâne divin,
Ne se nourrissait plus que de noix de coco.

Adorant l’astre du jour, l’ermite vermeil,
Entre les arécacées, sa craquante piste,
Pareil à un nécromant céphalomancien,
Suivant, se désaltérait en lewak topo.

Ainsi, par les frissons d’un insensible éveil,
Mourut August Engelhardt, jadis essayiste,
Au chant des paradisiers dans le matin,
Transpirant le parfum l’embaumant de cette eau.

                                       Joël Gissy

Invocation futile


Invocation futile

Pliant la tablette en plomb qu’il grave de sorts,
L’envieux cloue son offrande entre la defixio.
Cherchant la destruction des âmes et des corps,
Des démons mineurs, des mauvais esprits des morts,
Comme on griffonne vite au coin de table un mot,
Dans l’espoir de ses malédictions ardentes,
Un Gallo-romain en toge, aux lueurs tremblantes
De la bougie, attend un invisible écho.
Au fond d’un petit vase, luisent des piécettes
Enfouies dans l’obscurité parmi les décombres
Où se réjouissent en secret des peuples d’ombres.

                                             Joël Gissy

Palimpseste mystique


Palimpseste mystique

Ce n’est pas parce qu’un très ancien archétype
S’est transmis comme un organisme évoluant
Que n’affleure plus son avatar au présent.
Le mythe évolue ainsi qu’un être vivant.
Le succube sumérien de Lilith s’agrippe.
L’œil perdu d’Horus, de Wotan, dieu des bardes
Guerriers racontant leurs exploits, ou même Œdipe,
De l’inconscient, existentiel, vibre, éloquent.
De Cernunnos la légende court dans les hardes
Ainsi que le front couronné d’un noble cerf
Sous le signe victorieux de saint Hubert.
Isis revêt le voile bleu du firmament,
Constellation de la Vierge où Van Eyck efface,
Avec des roses à cinq pétales pourtant,
Un rêve enseveli perpétuant, la trace.

                               Joël Gissy

samedi 17 janvier 2026

Haïku




Sourit d’un regard
énigmatique Elena
éclat de soleil

   Joël Gissy

Exégèse alternative


Exégèse alternative

Pâris en bûche changé réduisant en cendre,
Semblant pourtant un inoffensif nourrisson,
La cité invincible et glorieuse d’Illion
Dans le rêve prémonitoire de Cassandre,
Serait-il un énigmatique changelin
Dans ce décor néolithique et égéen ?
Le sang des héros de jadis, demi-divin,
Coulait de ses charmes surhumains dans la veine,
De Zeus fille anatidée, de la belle Hélène.
Le fils maudit ayant gagné le prix d’athlète,
Par sa force incomprise, envie impartiale,
Quand il offrit la pomme d’or d’un coup de tête,
Le secret portait-il d’une engeance fatale ?

                                      Joël Gissy

vendredi 16 janvier 2026

Glissement


Glissement

Infime boucle temporelle
D’une seconde à l’ombre double,
Croisée des chemins, se rappelle,
Tressaillant, une vision trouble.
Comme un rayon qui se divise,
Des possibles, tel un pulsar,
Oscillant ainsi qu’un retard,
Une hésitation s’imprécise.
Mais, en dehors de la raison,
Eclair d’une autre dimension,
Passe un étranger fugitif
Qui nous observe sur le vif.

                    Joël Gissy

Alchimie onirique


Alchimie onirique

A l'angle d’une crypte en ancien mystère,
Le puits s’engouffre à pic d’une tour de lumière.
De la herse au-delà sa spirale hypnotique,
S’ouvre la porte au prince, d’un pas chamanique.
Comme un Mat aspiré par ce double vertige,
Trépasse le druide en ce souterrain prodige,
Qui semble un dieu caprin de son geste hermétique.

                                                    Joël Gissy

Géhenne


Géhenne

Sur un lac de braise, un humanoïde airain
Nage en agonisant de son râle chthonien.
Coulant parmi des peuples d’esprits suppliants,
Se referme l’abîme en arcs-en-ciel changeants.
Le cuisinier en chef agite la marmite
Sous l'arche en feu de ce couvercle troglodyte.
Mais au mur minéral, pend la clef de l’indice
Où le regarde l’autre avec un air complice.

                                  Joël Gissy

Le Principe dévié


Le Principe dévié

Vouloir l'impossible ou ne rien avoir du tout.
L'orgueil de l’ascèse évite l’ataraxie.
Si sans aise s'achève la quête aboutie,
L’ouroboros en soi du tunnel voit le bout.
Mais le cycle s'accroît de la spirale d'or.
Comme un escalier en colimaçon, se mord,
Au détail près d'un iota déséquilibrant
L'individuation serpentant de l'unique,
D'un Sphinx vert la roue égyptienne cyclique.
Le dragon se confond dans le monde vivant.

                                    Joël Gissy

jeudi 15 janvier 2026

Acharnement anthropomorphe


Acharnement anthropomorphe

De l’existence interminable purgatoire,
Ainsi qu’un chevalier lépreux de Saint-Lazare,
Mue marchant contre le vent, une main de gloire
Comme seule lanterne, le céphalophore.
Sagesse en vase clos d’un serpent ovipare,
S’accomplit en secret de son cœur l’œuvre noire
Qu’éclaire dans la vapeur son œil de phosphore.

                                                 Joël Gissy

Le Voyageur prodigue



Le Voyageur prodigue

Au-dessus de son corps, soudain l’espoir descend.
Vivant comme jamais, tout se met à tourner,
Ne pouvant s’accrocher à rien, l’être aspiré
De plus en plus vite entend un rire méchant
Qui se multiplie alentour en l’assaillant.
Tout n’est que désespoir, menaces impalpables
D’abord, puis devient vide et inconnu,
Dans le monde étranger d’un cauchemar d’enfant.
La dissolution, sans temps, ni forme au début,
Se transforme en géométries inextricables
D’une froideur trop logique où ce paysage
Le dévore ainsi qu’un insondable visage
Où se déploient, semblant d’anciennes gravures,
Comme un jeu de tarot, d’ironiques figures.
Tel en un labyrinthe imbriquant son cadastre,
Déstructuré, l’esprit en pivotant s’encastre.
Aux portes d’atriums, d’arcanes familiers
Les faciès d’images aux angles dépliés
D’une arche énigmatique au détour se succèdent.
Et le coffre se ferme d’un affreux coracle
Emerveillé des ténèbres par le miracle.
La toile d’une Mère Araignée en pentacle
S’inverse en abyme, où ses souvenirs accèdent
Au savoir absolu d’une ogive en losange
Qu’illumine, dans la nuit, le flambeau d’un Ange.

                                              Joël Gissy

Haïku

 



Un manteau de brume
enveloppe un cœur glacé
en le réchauffant

   Joël Gissy

mercredi 14 janvier 2026

Je veux la sauver


Je veux la sauver

Dagyde grecque, dans le dos aux poings et pieds
En Egypte il y a plus de deux-mille ans liés,
A genoux, la belle Ayas, fille d’Origène,
Etouffe, condamnée par l’amant qui la gène.
Dans ses yeux, sa bouche et dans tous ses orifices,
D’épingles démesurées durent les supplices,
Invisibles ainsi qu’un odieux sortilège
Par le pouvoir de Ptolémaïs. Rien n’allège,
Depuis la fontanelle au-dessus trépanée,
Dans son cœur, et même sous son pas impossible,
S’enfonçant, ces échasses dont elle est clouée,
Des traits d’un pouvoir occulte ainsi que la cible.
Sourde, aveugle et par ses entraves affamée,
D’argile, attend sans larmes la vierge outragée,
Jouet d’amour fragile en petite poupée.

                                    Joël Gissy

Invitation


Invitation

Des sépulcres noctifériens entrelacés
D’un ouroboros, les méditations lyriques
D’Awalhdouateden pénètrent les mystères
Intérieurs où, surgies des avenirs passés,
Les coquecigrues chantent les secrets runiques
De leur monstruosité, songes éphémères.
Mais la source autogénérée s’approfondit
En la porte d’un Nil multipliant son lit,
Semblant une corde nouée par treize fois.
D’une guénizah s’ouvre le livre interdit.
Hôte abreuvé, Damoclès au festin des rois
Renverse le calice en creuset cordial
Dont s’enflamme la pique en hermite fatal.
Bienvenue au sacrifice immatériel
Des crapulences d’un athanor immortel.
Aux réflexions d’une table verdoyante,
Remonte un feu follet incarné d’épouvante.
Le druide évitant les chemins les plus courts
Revient au firmament des premières amours.

                                     Joël Gissy

lundi 12 janvier 2026

Le Visage de Bès


Le Visage de Bès

De la Vallée des Reines, repos de Tiyi,
Représenté de face au milieu du récit,
Comme un regard protecteur sort de l’aspective.
Par douze portails divins, la barque dérive
Grâce aux indications sacrées de prêtres glabres.
L’imitateur d’Osiris passe entre les sabres
Comme sous une voûte au soleil remontant
Pour illuminer à nouveau le firmament.

                                  Joël Gissy

Refuge éphémère


Refuge éphémère

Abrité de la pluie par un if, tertre humide,
Je pétune mêlant mes pensées aux cieux ternes.
Plus d'autre imagination que l’Eigengrau, cernes
Sous ce ciel homogène ainsi qu’un écran vide.
De l’horizon du nadir se confond le bistre
Dans mes yeux embrumés comme un miroir sinistre.

                                            Joël Gissy

dimanche 11 janvier 2026

Le Vol d’un corbeau


Le Vol d’un corbeau

L’interprétation d’un présage fugitif
Détourne l’embranchement du destin furtif.
Générant des messages, un verbe inconscient
Retrace le récit d’un souvenir latent
Qui s’arborise dans toutes les directions,
Avenir, passé, de multiples dimensions,
Formant un Yggdrasil dont la sphère s’accroît
Au-delà du fil de ce labyrinthe étroit.
Le passage a croisé les entrelacements
De rencontres déjà vues par des sentiments
Où se retrouvent les affinités nouvelles
D’origine aux évolutions perpétuelles.

                               Joël Gissy

Les Dix Cornes


Les Dix Cornes

Un détour lucifuge obstinément serpente,
Affirmant l’unicité de sa tête d’hydre.
Cependant, sans venin, jamais ne mord l’alidre.
Tel un mandala, se déploie son harmonie
En motifs d’arabesques ainsi qu’une plante
Semblant d’un ouroboros la boucle infinie.

                                      Joël Gissy

Le Retour solitaire


Le Retour solitaire

Dans la niche ascétique au creux d’un rocher froid,
Le tukdam ou saint François mellifie son âme.
Le symbole entremêlé se résout en soi.
Mais de rose et d’albe marmoréen, la flamme
S’élève en un édifice à l’ogive claire
D’un Tau qui s’inverse ainsi qu’une croix de Pierre.

                                              Joël Gissy

L’Enfant d’Erèbe


L’Enfant d’Erèbe

Après l’enlèvement de Perséphone,
Voyage dans l’Hadès de Déméter,
Megaron in antis dessous l’éther,
Au sommet stylite d’une colonne,
L’incarnant mange les fruits, hexagone,
De la Connaissance au sommet de l’arbre
D’un temple souterrain, forêt de marbre.
La pulpe illuminée de la grenade
Absorbée, la conscience monte un grade.
Le labyrinthe gravit les ténèbres
A rebours de ces extases funèbres.

                           Joël Gissy

Eveil chamanique


Eveil chamanique

Parce que les défunts veillaient aux marécages,
Les dieux assis à l’angle, des spirales d’eau,
Les illuminations montent des feux follets.
Un chaudron de fer ouvre l’illusion des âges
Qui murmure dans l’air glacé comme un sanglot
Dont affleure un colimaçon des noirs secrets.
Réfugié dans un dôme rouge et tranchant,
Un chasseur yakoute en la Vallée de la Mort
Aperçoit, dans le reflet du soleil couchant,
L’entrée d’un monde maléfique où il s’endort.

                                    Joël Gissy

Haïku




Comme une volute
sans fumer à son passage
indique un esprit


                 Joël Gissy

Philosophie d’Eleusis


Philosophie d’Eleusis

Du sage Eratosthène et d’Aristarque,
D’empiriques calculs la vision s’arque.
S’imaginent les ramifications
De connaissance par les intuitions.
Des astres du système héliocentrique,
Les Anciens savaient l’ordre onirique
Comme l’entrée de cités souterraines
Que seuls explorent les rêveurs sans chaînes.
Mais ainsi que des étoiles vivantes
Circulent, sourdant, des arches filantes.

                               Joël Gissy

lundi 5 janvier 2026

Le Mont Chauve


Le Mont Chauve

Tel un autel sylvestre étrusque, en un maquis,
Bouche béante et sombre aux abords d’un buisson,
La pyramide ruinée de Falicon
S’ouvre sur la grotte obscure aux chauves-souris.
Un souvenir sibyllin semble imprégner l’air.
Surgie de la nuit ténébreuse en un éclair,
Règne en se déployant la Ratapignata.
Où stalactite et stalagmite en un pilier
Se rejoignent, veille ainsi qu’un tertre oublié
D’une nuit en enfer comme un temple maya.

                                     Joël Gissy

Le Chant tracé


Le Chant tracé

Parmi les braises fumantes, s’exprime en fables
L’amour de la Maîtresse aux pouvoirs innombrables,
Secret de connaissance aux boucles parfumées
Par le petit visage d’Enheduana.
Ornement du ciel, murmure la princesse
Son élégie mystique en habits de prêtresse.
D’un temple aux façades bleues sombres embrumées,
Résonne, imaginée, une hymne à Inanna.

                                          Joël Gissy

Affinité


Affinité

Lumière, d’une très lointaine étoile, au creux,
Notre rétine ainsi qu’un coffre globuleux
Répercute en son intimité le rayon,
Peut-être déjà morte en sa constellation.
Par son regard, universelle communion,
L’être inconsciemment créateur fixe un possible.
La magie de l’instantanée divination,
Comme à un carrefour une hésitation, crée
La manifestation de l’univers sensible.
La causalité se refonde à nouveau née.

                              Joël Gissy