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vendredi 15 mai 2026

Commedia della Morte


Commedia della Morte

Bienveillance assassine au velours castrateur,
L’Antéchrist mielleux minaude son argument.
La caresse resserre un anneau constricteur,
Et le fruit de l’esprit s’atrophie en tombant.
Le mignard ne tolère que la barbarie
Dans ce ballet bouffon dansant sur les décombres
Des ruines de l’honneur et la philosophie.
Dans un amphithéâtre où s’amuïssent les ombres
Des ultimes fantômes de tout idéal,
S’effondrent les statues au front pur et rêveur
D’instants d’un roman vrai qui nous semblait banal
Cependant qu’exulte l’imbu de sa rancœur.

                                         Joël Gissy






L’Evitement

 





L’Evitement

Un malchanceux touche du bois spirite
Dont circulent, nervures, les échos.
Se répondent les esprits animaux.
Dans les gestes du quotidien, le rite

Comme une habitude en secret s’invite.
Un coup dans le mur, glissants bibelots,
Un malchanceux touche du bois spirite
Dont circulent, nervures, les échos.

Dans le coin des plafonds où l’ombre habite,
Une volute a caressé des mots
En un clin à l’angle mort des sanglots.
La télékinésie de soi lévite.
Un malchanceux touche du bois spirite.

                                  Joël Gissy


Finalité






Finalité

L’Humanité survit pour se réaliser.
A l’artiste d’inventer son utilité.
Philosophe autogénérant toute valeur,
S’incarne et vit en vérité le créateur
Ainsi que l’organisme de sa tragédie.
Hypercrite orgiaque ignorant de l’envie,
L’œuvre, aboutissement, en soi se justifie.

                                   Joël Gissy


La Sœur du Dieu des Rues


La Sœur du Dieu des Rues

Archétype ambigu de goule agonisante,
Rêve un bas-relief des dents de Lamashtu.
Ravalant ainsi qu’un flot le long de son cou
Le sang revêtant sa poitrine séduisante

Comme sous la pluie une étoffe moulante,
Dont roule en cascade ondulante son crin roux,
Archétype ambigu de goule agonisante,
Rêve un bas-relief des dents de Lamashtu.

Reine des succubes semblant une bacchante,
La canine en sanglots, auprès de ses hiboux,
Se répand, telle une secousse de dégoût.
De son rictus glacé s’imprime l’épouvante,
Archétype ambigu de goule agonisante.

                                       Joël Gissy





mercredi 13 mai 2026

L’Enchantement de la Sorcière






L’Enchantement de la Sorcière

Comme une fleur, se pose un papillon du soir,
Masque en mariposa fermant sur le visage
Les yeux pour un songe au luxuriant paysage.
Yokai le regard au creux des mains en miroir,
Tel en double chiromancie de Tenome,
Voyage un soupir de babils environné
Où se forme dans l’Eigengrau un spectre orange
Qu’un yūrei voit dépasser sous sa sombre frange.
Mais du fond d’un regret que charme l’apparence
Vénéneuse, en sa volupté, de l’innocence,
La psyché voile de son parfum narcotique
La pensée qui s’envole ainsi qu’une musique.

                                          Joël Gissy

Les Aveugles dans la Nuit


Les Aveugles dans la Nuit

                             A Mélanie

Cécité du Chaos où le divin Rêveur
Vit en Azathoth la sidérale stupeur,
Avance, Misophaes, le borgne cyclope
Ignorant du vaste Univers dont il se moque.
Mais, telle une angoisse existentielle, se choque
Comme au grand jour éveillé, soudain nyctalope,
Le troisième œil entrouvert de curiosité
Par la vivacité de l’esprit éclairé.
L’explorateur conscient marche, solitaire,
De l’arche de la connaissance à la lumière.

                                        Joël Gissy






Résonances d’Acragas






Résonances d’Acragas

Taureau d’airain où fut grillé son inventeur
Sur ordre du tyran sicilien Phalaris,
Moloch, en avatar cananéen d’Apis,
Ouvre comme un portail infernal son ardeur.
Brasier d’un veau d’or à la flamme invisible,
Se fondent les damnés, tels des génies des sables.
Dans le chaos purificateur, insensible,
S’amuïssent sans fin les cris abominables
Semblant d’un athanor, sombres métamorphoses,
D’un esprit ancien les figures bestiales.
Se manifeste le prodige en toutes causes
Ainsi que des variantes subliminales.
L’écho se perpétue, énigme en l’interstice,
De la compréhension d’un regard complice.

                                      Joël Gissy

mardi 12 mai 2026

Le Bouffon noir




Le Bouffon noir

Araignée à l’angle du plafond, tierce mère,
Paillasse exauce un mime facétieux
Ainsi qu’un faucheux brûlé fuyant la lumière.
Enflamme obscurément son visage pailleux
L’ombre double épaissie en spasme mortifère
Comme une ardeur de sang remontée en en ses yeux.
Le fantasme agrippé s’accroche à la matière
En un craquement sec au rictus anguleux.

                                        Joël Gissy

Cauchemar idéal


Cauchemar idéal

L’enfant revêtu de son masque chamanique
Chemine, autre avatar, dans un monde onirique.
Lucifuge, à l’écart, en cliquetant bricole.
Choix du double, ainsi qu’un destin alternatif,
Le voyageur né, tel dans une nécropole,
Vanité dont l’apparat séché se désole,
Ouvre une dalle où pénètre son pas furtif
Comme par le détour d’une porte azurée
Ou l’omphalos près d’une fournaise ajourée.

                                        Joël Gissy





























dimanche 10 mai 2026

Poème extrait des Coquecigrues


VII.

Entre les lames d’un tarot égyptien,
Le rêve gigogne extériorisé du corps
Transmue tel un serpent en chaque allégorie
Comme parmi les portes du Livre des Morts.
Imbriqué, d’un labyrinthe sumérien
Emporte ouvrant les briques, le chercheur de vie.
Projection d’ombres en une caverne antique,
L’introspection réunit l’âme symbolique.

                                       Joël Gissy




Le Morse autophage


Le Morse autophage

Vieux hanap d’un crâne cornu, se renverse
L’amour de pique noir dans le cœur qu’il transperce.
Trophée ivoiré par la lueur des flambeaux,
Le rougeoiement inversé s’obscurcit des crocs.
De l’abreuvoir où le soleil nouveau se berce.

                                             Joël Gissy

La Mode revient


La Mode revient

De l’ambiance branchée,
Boîte de nuit coincée,
Grince la mélopée

Dans le quotidien, diurne.
Alors, le vieux Saturne
Retourne encor son urne.

Il nous reste l’espoir,
Au grain du temps si noir
D’apercevoir le soir.

                Joël Gissy

vendredi 8 mai 2026

Ecrasement


Ecrasement

Je suis une truite au moment où on l'achève.
Frappée contre un tronc d'arbre ou un rocher, l'œil vide.
Le râle muet du taureau pour l'estocade,
Le ruisseau sec des pleurs, désertique cascade.
Le sang tari qui ne coule plus sous le glaive,
Baisant la chair trop pâle devenue viride.
L'arpège dont le vin doux est devenu fade,
La ciguë bien trop forte en sa coupe de jade.

                                        Joël Gissy





Le Sang des Princes




Le Sang des Princes

Puissant et protecteur, ondule, minéral,
Pareil au paon de James Cox imbriqué d’écailles,
D’un grand dragon de jade la cotte de mailles.
Diaphane, ondoie épousant le courant fluvial,
Sinusoïde, ainsi qu’un silure de verre,
L’ouroboros porcin dont s’enroule, fœtal,
L’équilibre cosmique insinuant la sphère
D’un ovum anguinum dont filtre la lumière.
Mais, danse de vapeurs, doux et verdoyant,
D’encens son trouble sinople ourle souplement.

                                             Joël Gissy

mercredi 6 mai 2026

Simultanéité miraculeuse


Simultanéité miraculeuse

Par un agencement de circonstances,
Se matérialise le prodige.
Jamais n’existent les coïncidences,
Concordant, énigmatique vertige
Où les plus petits détails de la vie
Se lisent ainsi qu’une allégorie.
Les noms, mélangés comme par hasard,
Grande rencontre aux nombres symboliques,
Révèlent leurs dimensions prophétiques.
Le réel se construit par le regard.

                                       Joël Gissy

dimanche 3 mai 2026

samedi 2 mai 2026

Le Gladiateur blessé


Le Gladiateur blessé

Comme un taureau ployant en fin de corrida,
J’ai l’impression de m’effondrer dans la poussière.
Reprend encor, toujours, le cycle où, prisonnière,
La monotone existence n’en finira
Jamais d’un cauchemar diurne interminable.
Mais l’estocade à chaque souffle se répète
Tel d’un noyé qu’enfonce une main inlassable
Ou le couteau d’un acharné que rien n’arrête.

                                           Joël Gissy

Tout était là


Tout était là

De Dostoïevski combat contre les Démons,
L’air, soudain, remplit d’un battement les poumons.
S’organisent les profondes intuitions.
Aux sources du réel, remontent les raisons,
Platoniciennes réincarnations.

                                  Joël Gissy

Structure pentagonale


Structure pentagonale

La synchronicité peut créer des miracles,
Construction simultanée, hallucination,
Mais de vœux incarnés réalisation.
Du Graal se cristallise, aux triples réceptacles,
La polysémie en multiple perception.

                                   Joël Gissy

Le Lait du Baleineau


Le Lait du Baleineau

Marionnette pendue ainsi qu’à son sein,
Rêve l’enfant d'un physeter, au sang divin,
Happant l’aligot blanc d’un songe arthotyrite,
Goulu, comme en vibrant, cétacé troglodyte.
C'est un humain, oubliant, qui se précipite
Dans le giron de l’universel par le rite.
Un éléphant barrit tristement au rivage
De l’inconscient et tumultueux carnage.
Pachydermion cyclope et retour au Talion,
Rugit la Loi de feu du céleste Lion.

                                 Joël Gissy

Ailleurs dans le Temps


Ailleurs dans le Temps

Distorsion d’une improbable pente,
S’ouvre en nuée une Arche à la dérive.
Bulle de réalité différente,
Se mire en une autre dimension
La conscience effacée, alternative.
Une seconde a passé, d’illusion
D’une heure en un voyage intermédiaire.
La statique émanation vrombit.
L’échelle de Jacob monte en lumière
Où circulent, tels des états d’esprit,
Les personnalités d’anciens Archontes.
Séjour minéral des Nisses et Tomtes
Ou tas de pierres cachant d’un Génie
La demeure aux confins de l’Arabie,
Le souvenir trop éloquent de contes
Pressent un tiers chemin de faérie.

                            Joël Gissy