vendredi 29 mai 2026

Génie miniature






Génie miniature

Dans la nuit parfumée où tremble sa lueur,
Frémit la lanterne infime, or, goutte d’un pleur.
En arabesques d’or, dans un cocon gothique
Comme le nœud d’un ovum anguinum celtique,
La fée afghane, insecte en nymphe d’un village
Secret, tisse les couleurs en robe mature
Révélant les splendeurs cachées de sa nature.
L’intime illusion d’opale imite un visage
Dont la trouble impression s’irise, spectrale,
Comme la vision d’une aube subliminale.
Sur la petite flaque aux reflets scintillants
Qui montent, semblant des pollens phosphorescents,
Son esprit libéré comme à fleur de l’eau danse,
Ainsi que de musique peuplant le silence.

                                            Joël Gissy

Gentil spectacle


Gentil spectacle

Tous les yeux des familles, ovation publique,
Soudain deviennent noirs, d’un mutisme amnésique.
Laissant tout tomber, les draps, les déguisements,
Sur la scène, commençait l’orgie incroyable
Sous le regard, même insensible des enfants.
Ils communiaient de sang à la gloire du Diable.
L’autre, admiratif, applaudissait, fasciné.
Je me cachai, recroquevillé sous un banc,
Quand vinrent les démons, comme pour contrôler,
Et circulant, circonspects, tout près de mon rang.
Le lendemain matin, aux tables de la veille,
Passèrent les évêques, prunelle vermeille,
Pour nous serrer la main et nous féliciter,
Bénédiction que je ne pus éviter.
Puis, mis à l’honneur par une ogresse au banquet,
On chanta, mais où nul ne savait mon secret.

                                             Joël Gissy





A la Fontaine






A la Fontaine

Tortue abandonnée aux mauvais souvenirs,
Du couchant mû des derniers oiseaux remontant,
Un sifflement émerge, flûté, de l’étang.
Près de la berge en feu, torture des martyrs,
Frissonnent les petits corbeaux tombés du nid
Cependant que le soir s’achève dans un cri.
L’ondine, ainsi qu’Otohimé de son palais,
Murmure au crépuscule un conte japonais.

                                         Joël Gissy

Filigrane holographique


Filigrane holographique

De rêves d’or civilisation silurienne,
L’enfant qui s’endort explore une crypte ancienne.
Par un labyrinthe inaccessible enfoui,
Dans les brumes, sylve jadis, pulvérisée,
L’antédiluvienne Babel se reconstruit,
Telle d’une nuée de sable illuminée.
Reptations emplumées de couloirs oubliés,
Vibre le cha-cha-cha sourdant d’autres cités.

                                       Joël Gissy





L’Erreur assumée






L’Erreur assumée

Momifié vivant, regarde au fond d’un esprit,
Mon espoir mort-né. D’en face, ainsi qu’en miroir
Maître des éléments comme un onmyōji,
La morne sagesse enfreint tout son vieux savoir.
L’impatience, ardemment, ne garde aucun secret,
Assurance innée, en un suprême respect.

                                     Joël Gissy