Lecture au Lazaret de Sète 2026

 

LAZARET 2026




Vème poème du recueil Noctifer, Le porteur de nuit

 

Je crois aux dieux féconds des mers originelles

Régnant sur les palais de cités éternelles

Et vois au fond des flots de vastes sanctuaires

Dentelés de coraux, des rivages qui plongent

Parmi les blancs récifs et les tertres qui songent

Dans l’immensité bleue de gouffres somptuaires

En un monde abyssal plus ténébreux et vague

Qu’une fosse océane. Et maint flasque géant

Dans ce visqueux éther ondule fainéant,

Sombre et tentaculaire, or que son ventre élague

Des jardins suspendus comme des cathédrales,

Tandis que dans la nuit scintillent les yeux pâles

Des calamars craintifs. Mais l’austère musique

De ce chaos immonde a d’étranges merveilles

Dont chaque bulle blonde éclot dans les oreilles

De quelque vieux démon, physeter fantastique

Qui gronde certain soir. Et ce chant de sirène

En mon esprit résonne et charme mes pensées,

Comme si quelquefois des profondeurs glacées

Montait l’appel d’une Vénus anadyomène.

 

Les Halieutiques de Delphes
 

Dans les couloirs d’un temple où les dauphins s’ébattent,

Qui donne sur la mer d’un bleu vésuvien

Pénétré par le ciel rose aux moiteurs timides

Qu’arrosent caverneux leurs rires qui éclatent,

Deux sirènes hybrides, montées du bassin,

S’enlaçant guident parmi ces canaux limpides

L’étranger que caresse un ballet chimérique.

Il s’abandonne au son de trompes et de conques,

Etranges, comme émanées d’invisibles jonques !

Et porté par ces flots en leur grotte aquatique,

Nageant tel un centaure, l’autre explorateur

Contemple des dieux philistins sous cette crique

Que balaie sa mémoire en un éveil trompeur.

 

Désir et Musique
 

Les frissons du désir, enfants de la musique,

Submergent un esprit et s’enflent dans nos chairs

Comme un orage empli de spasmes électriques.

La vague énorme semble emporter par les airs
 

Le cœur que transporte son élan pathétique,

Soudain précipité en de lointains éthers.

Et dans un océan de rayons prismatiques,

Il s’ébat, quand frappé d’innombrables éclairs
 

Qui s’abattent sur lui, foudre accusateur,

Leur éclat le soustrait à cette apesanteur.

Alors, pareil à l’oiseau transpercé d’un trait,
 

Fracassé contre la berge en mille explosions,

Se débattant parmi d’affreuses convulsions,

Son battement se meurt ainsi qu’un menuet.


A travers les cristaux

 

1.

 

Par une noire pierre de solstice

Près des Pierres Blanches, en l’interstice

Fendu sur le sommet du Mont Saint-Clair,

Refuge d’hermites, puis de Cathares,

D’un ancien temps préhistorique, un vert

Rayon, frappe le roc des dieux lares.

L’Apocalypse en tout est permanente

Et se dévoile à mi-chemin de pente.

 

2.

 

L’au-delà creux d’une vie parallèle,

Rêve d’âmes gigognes, se révèle.

Dans un utérus thanatonautique,

Vers la lueur d’un soleil souterrain

Forçant du temple la porte d’airain,

Au puits, l’enfant me guide, énigmatique. 


 

Mi-ombre

 

De ma bouche embrumée par des rêves ambrés,

La fumée s’en va comme une albe chevelure.

Maturation sans fin d’intuition future,

Se forment les embruns d’illusions marbrés.

De spirales brisées en les volutes d’or,

Les reflets d’algorithmes s’enroulent en un

Tels les échos d’un rythme pythagoricien,

Dans un nuage déployant son nombre encor.

 




Poèmes récents :



Extrait de mon dernier recueil, Les Crapulences :


Tristesse de Zéphyr


Pleurs d’Aphrodite mêlés au sang d’Adonis,

Naquit Anémone ainsi qu’une pâle iris.

Telle un enchantement du sorcier de Hongrie

Brandissant, détournée, la Lance du Destin,

Dont sonne l’oreille aux splendeurs de sa magie,

La fée végétale, en déployant un jardin

Autour de son minois semblant d’un séraphin,

Luxuriance épanouie d’un verdoyant feuillage

Dont éclot, tôt dévoilé, le secret visage,

Frissonne en étouffant de noire fumagine.

Le crépuscule en ses nervures imagine

La gracile harmonie qui déjà se résorbe,

Inspirant d’une lune nuageuse l’orbe.

Harcelée d’insectes vampires assoiffés

De ses larmes aux tressaillements parfumés

Et, fanée, se dérobant sous un soupir tendre,

La faérie s’affaisse en un monceau de cendre.




Poèmes inédits


Charme sylvestre


En un bosquet illuminé que les Sylphides

Peuplent de leurs chants parfumés dans la nuit tiède,

Scintillent les couleurs de lucioles virides

Bouleversant les sens enivrés de l’aède.

Dans la brume embaumée aux moiteurs de guimauve

Dont plane la vapeur pleine d’odeurs sapides,

La petite fée emplit sa paupière mauve

D’un nectar floral dont bat l’aile aux si fins cils

Saupoudrant de pollens d’or comme des pistils

La charmille enchantée au murmure argenté

Caressant la harpe aux cheveux de Séléné.

Moussu, s’endort le rêve emperlé sur sa taie,

Par le babil des oiseaux déjà décanté.

Mais le charme serein que la brise balaie,

Où vagabondaient tels des orbes les follets,

Farfadets invisibles aux yeux indiscrets,

S’efface aux roseurs de l’aube dont se condense

La rosée alourdie en ses larmes, qui danse.



Le Roi de Coupe


Le glacier volcanique où son œil imagine,

Irisés tels de clairs cristaux de célestine,

L’esprit ancien circulant d’humains transparents

Non encor alourdis de matériels carcans

Trouble l’aventurier des contrées boréales.

Structures aux prismes d’impossibles fractales,

Semblent fleurir des constellations minérales

Dont se souvient l’angakok au-delà des mondes.

Glissant aux reflets d’intuitions vagabondes,

Se meuvent les chants émus d’êtres informés

Ainsi que les miaulements de cétacés.

Mais gronde dans la nuit le père au front obscur

Sous les ondoiements verdoyants de l’azur.



Le Regard des Phosphènes


Un esprit bienveillant sourit

Dans les strates subliminales.

Filigranes lamés d’opales,

Se superposent dans la nuit


Du chant d’un chamane inouï

Les palimpsestes, saturnales.

Un esprit bienveillant sourit

Dans les strates subliminales


De cet Eigengrau ébloui.

Au rêveur traversant les salles

Pavées ainsi qu’un jeu de dalles

Par un couloir de l’Amenti,

Un esprit bienveillant sourit.



Plérome


Entre profondeurs du Cosmos et de la Terre,

Double spirituel sur un plan légendaire,

Evolue ainsi qu’un daimôn supérieur

Dont affleure la conscience à l’équateur

Notre être éthéré tel dans un mythe idéal.

Imaginé des rais d’un tracé zodiacal

Semblant le réseau des fils d’un marionnettiste,

L’avatar incarné dans le monde entre en piste.

Et du ciel intérieur, miroir archétypique,

S’exerce un magnétisme antédiluvien

Comme l’appel d’une prophétie hermétique.

L’avenir construit son présage primitif.

Les temps, les lieux, tel d’un tarot égyptien,

Imbriquent en spire un cycle figuratif

Dont s’anime la gravure, pareille aux pages

D’un carnet animé dont vivent les images.



L’Ancêtre endormi


Dans la brume obscurcie imprégnant son haleine,

Semble respirer, rêvant, un antique chêne.

Protecteur du hibou, cicatrisé d’un cerne,

S’ouvre, onirique, en refuge ami sa caverne.

Songe ainsi qu’un guerrier dormant le dieu branchu,

Dont s’allonge la barbe en parterre moussu.

Comme un visage imprimé du tronc se boursoufle

Tel un angélique Eole aux points cardinaux

Gonflant l’écorce de ses joues avec son souffle.

Le Père Arbre, étranger des esprits animaux,

Onde le feuillage animant, se confond

D’émeraudes mêlées à la végétation

Camouflant sa cotte en joyaux comme un dragon

Dont court en serpentant le verdoyant frisson.



Ils vivent toujours


Traces de pieds palmés connues des Alsaciens,

Près des grottes où, petit peuple pétrifié,

Ils avaient sculpté leur chapelle dans la mine,

On se souvient, pauvre amoureux, d’un roi des Nains

Qui, mort de chagrin pour avoir été moqué,

Avait taillé, même, une rose adamantine.

Des Korrigans bretons aux Cagots charpentiers,

Charmantes Laminak des Pyrénées, des hommes,

D’une origine secrète aux pouvoirs magiques,

Ont vécu, d’Ambroise Paré dans ses cahiers,

Cuisant dans leurs mains comme fiévreuses des pommes !

A l’écart du village, en des huttes rustiques,

Restent les descendants bâtards des « chiens de Goths »

Dont perdure encor la mémoire merveilleuse,

Ou de tunnels d’argent aux mystérieux échos

Quand circule au soir une rumeur lumineuse.



Le Souffle éternel


Axe inconnu d’un autre parallèle,

De Gizeh au Triangle des Bermudes,

Cycle additionné de la Bête en elle,

S’alignent en prophétiques études

Les Portes entre le Ciel et la Terre.

Inclinaison balançant de la sphère,

L’Ouroboros d’un œuf couvé s’enroule,

Reflet d’un macrocosmique athanor.

Influence hermétique ainsi qu’un moule,

Océan primordial du Nombre d’Or,

La gouttelette inspire le Cosmos,

Firmament englobant de ses splendeurs

Constellées la magie en le Logos

Dont se répondent au loin les lueurs.



Le Parvis des Dieux


Porte allant vers un ailleurs d’Amaru Muru,

Comme murée, aventure un rêve intérieur

Sa prémonition par un monde au regard flou

Dont se révèle, astral, au voyant la splendeur.

Gardée encor des vieux chamanes du Pérou,

Le prêtre des Sept Rayons détenait la clef.

Un éclat filtre au seuil quand luit la lune pleine.

Il est des lieux dont la frontière incertaine

Se révèle au seul dans longtemps déjà entré.




Attendrissement
 

Je suis pareil à ces hippocampes d’Ilion,

Qui par milliers, amicaux, vont voir les plongeurs

Parmi l’espace scintillant des profondeurs,

Et meurent soudain à la première émotion !
 

Avant de remonter, triste nuée de corps,

Les petits équidés, mignons et pleins de grâce,

Font un ballet aquatique, et plus d’un embrasse

Du bout de sa trompe aimable, en ces beaux décors,
 

Le curieux qui les trouble, et l’aime et l’accompagne.

Alors, vers la lumière ondoyante il regagne,

Porté par l’écume oublieuse aux plages claires,
 

La vaste éternité dont à peine affleurait

Ces myriades de consciences élémentaires

Dont s’éteint en un souffle indistinct le secret.



                                                         Joël Gissy


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