Carnet noir





Délectation

Suçant l’ongle arraché
Du cadavre violé,
Mais encor conscient d’âme,
De l’être cher s’enflamme
La profanation
Des gens de la maison.
Atrocité sordide
D’une saveur avide,
Rires pleins de rancœur,
Doigts tranchés en longueur.



La Santé

Les vielles biques font du sport
Pour se préparer à la mort.



La Traite

Rose ouverte, escargot sec, puis trou noir.
Gorge au cœur, manipulation giflée
Avec force exponentielle explosée.
Digitale odeur de pharmacopée,
Se referme le rosâtre boudoir.
Pour finir, coup de poing face au miroir.



Meilleurs vœux

Pendu à un sapin,
Mon cadavre grimace
Comme un affreux pantin
Pétrifié par la glace.
A son cou, se balance
Un message d’espoir.
Souvenirs peints de noir,
Monte le feu qui danse.



Complicité intime

L’ultime but n’étant pas de faire souffrir,
Mais d’inspirer le désespoir pour pervertir,
S’insinue la caresse aimable de la haine.
Avec une élégance vénéneuse, entraîne,
Servile afin de flatter, l’orgueil libéré.
Colère contenue, griffe la volupté.



Hymne à l’Innocence

Un petit enfant, de son sourire cruel,
Lève des yeux gaiement coupables vers le ciel.
Se délectant de ses fluides salement,
L’ange prend un plaisir sadique en gigotant.
Tendant une main potelée pour caresser,
Au dernier moment crispe afin de mieux griffer,
La bouffissure hypocrite, alors soudain blême,
Affichant un rictus, triomphant Polyphème.
Le monde émerveillé contemple le sauvage,
Traumatisé par son bienveillant dressage.



L’Envol de Pégase

Le pouvoir veut nous priver de nous suicider
Pour garder son cher bétail en bonne santé.
L’artiste, au milieu du cheptel, ne sert à rien.
Afin de survivre en esclave, le moyen
N’est pas un but, peut-être le terreau des fleurs.
Et nous culpabilisons à cause des pleurs.
S’endormir tout seul en une douce asphyxie
Que le sage a toujours nommé l’ataraxie.



L’Enragé

J’admire tous ces êtres sains,
Enthousiastes comme des chiens.
A la façon de Diogène,
J’aime bien ma niche cynique.
Chacun son art de perdre haleine,
Quand se parent ces boiseries,
Arabesques d’ombre onirique,
En floraisons de féeries.




Mort lente la vie
l’imagination noircit
l’enfant tête en bas




Aux Imbéciles heureux

Voulez-vous mes années de vie ?
Du lendemain reste gâté,
Cadeau d’un traître, empoisonné.
Traîne en pourrissant l’agonie.



Agite la queue

D’exister longtemps, primitif désir,
Comme après un ballon toujours courir,
Va chercher ! la réussite à venir.
Je préférerais l’obscure overdose,
Des souvenirs apaisant la nécrose
Où la réalité se décompose.



                                      Joël Gissy





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