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Charme sylvestre
En un bosquet illuminé que les Sylphides
Peuplent de leurs chants parfumés dans la nuit tiède,
Scintillent les couleurs de lucioles virides
Bouleversant les sens enivrés de l’aède.
Dans la brume embaumée aux moiteurs de guimauve
Dont plane la vapeur pleine d’odeurs sapides,
La petite fée emplit sa paupière mauve
D’un nectar floral dont bat l’aile aux si fins cils
Saupoudrant de pollens d’or comme des pistils
La charmille enchantée au murmure argenté
Caressant la harpe aux cheveux de Séléné.
Moussu, s’endort le rêve emperlé sur sa taie,
Par le babil des oiseaux déjà décanté.
Mais le charme serein que la brise balaie,
Où vagabondaient tels des orbes les follets,
Farfadets invisibles aux yeux indiscrets,
S’efface aux roseurs de l’aube dont se condense
La rosée alourdie en ses larmes, qui danse.
Limite intangible
se construit onirisé
le réel fantôme
Le Roi de Coupe
Le glacier volcanique où son œil imagine,
Irisés tels de clairs cristaux de célestine,
L’esprit ancien circulant d’humains transparents
Non encor alourdis de matériels carcans
Trouble l’aventurier des contrées boréales.
Structures aux prismes d’impossibles fractales,
Semblent fleurir des constellations minérales
Dont se souvient l’angakok au-delà des mondes.
Glissant aux reflets d’intuitions vagabondes,
Se meuvent les chants émus d’êtres informés
Ainsi que les miaulements de cétacés.
Mais gronde dans la nuit le père au front obscur
Sous les ondoiements verdoyants de l’azur.
Le Regard des Phosphènes
Un esprit bienveillant sourit
Dans les strates subliminales.
Filigranes lamés d’opales,
Se superposent dans la nuit
Du chant d’un chamane inouï
Les palimpsestes, saturnales.
Un esprit bienveillant sourit
Dans les strates subliminales
De cet Eigengrau ébloui.
Au rêveur traversant les salles
Pavées ainsi qu’un jeu de dalles
Par un couloir de l’Amenti,
Un esprit bienveillant sourit.
Plérome
Entre profondeurs du Cosmos et de la Terre,
Double spirituel sur un plan légendaire,
Evolue ainsi qu’un daimôn supérieur
Dont affleure la conscience à l’équateur
Notre être éthéré tel dans un mythe idéal.
Imaginé des rais d’un tracé zodiacal
Semblant le réseau des fils d’un marionnettiste,
L’avatar incarné dans le monde entre en piste.
Et du ciel intérieur, miroir archétypique,
S’exerce un magnétisme antédiluvien
Comme l’appel d’une prophétie hermétique.
L’avenir construit son présage primitif.
Les temps, les lieux, tel d’un tarot égyptien,
Imbriquent en spire un cycle figuratif
Dont s’anime la gravure, pareille aux pages
D’un carnet animé dont vivent les images.
L’Ancêtre endormi
Dans la brume obscurcie imprégnant son haleine,
Semble respirer, rêvant, un antique chêne.
Protecteur du hibou, cicatrisé d’un cerne,
S’ouvre, onirique, en refuge ami sa caverne.
Songe ainsi qu’un guerrier dormant le dieu branchu,
Dont s’allonge la barbe en parterre moussu.
Comme un visage imprimé du tronc se boursoufle
Tel un angélique Eole aux points cardinaux
Gonflant l’écorce de ses joues avec son souffle.
Le Père Arbre, étranger des esprits animaux,
Onde le feuillage animant, se confond
D’émeraudes mêlées à la végétation
Camouflant sa cotte en joyaux comme un dragon
Dont court en serpentant le verdoyant frisson.
Ils vivent toujours
Traces de pieds palmés connues des Alsaciens,
Près des grottes où, petit peuple pétrifié,
Ils avaient sculpté leur chapelle dans la mine,
On se souvient, pauvre amoureux, d’un roi des Nains
Qui, mort de chagrin pour avoir été moqué,
Avait taillé, même, une rose adamantine.
Des Korrigans bretons aux Cagots charpentiers,
Charmantes Laminak des Pyrénées, des hommes,
D’une origine secrète aux pouvoirs magiques,
Ont vécu, d’Ambroise Paré dans ses cahiers,
Cuisant dans leurs mains comme fiévreuses des pommes !
A l’écart du village, en des huttes rustiques,
Restent les descendants bâtards des « chiens de Goths »
Dont perdure encor la mémoire merveilleuse,
Ou de tunnels d’argent aux mystérieux échos
Quand circule au soir une rumeur lumineuse.
Le Souffle éternel
Axe inconnu d’un autre parallèle,
De Gizeh au Triangle des Bermudes,
Cycle additionné de la Bête en elle,
S’alignent en prophétiques études
Les Portes entre le Ciel et la Terre.
Inclinaison balançant de la sphère,
L’Ouroboros d’un œuf couvé s’enroule,
Reflet d’un macrocosmique athanor.
Influence hermétique ainsi qu’un moule,
Océan primordial du Nombre d’Or,
La gouttelette inspire le Cosmos,
Firmament englobant de ses splendeurs
Constellées la magie en le Logos
Dont se répondent au loin les lueurs.
L’Illumination de la Conscience
De la musique dans le corps vibration,
Se réveille d’émotion, comme un embryon,
L’idéal oublié, tel un petit génie.
Et de ses teintes remontant, l’aura varie,
Pareille à une flamme qui se purifie.
Beethoven, sensible en latente surdité,
Cette intuition de l’attente avait renforcé.
Transmutation gnostique
Reflété par le Noun, océan primordial,
D’un vert mercuriel, d’or, le céleste Lion
En faux miroir plonge vers le rouge Dragon.
Songe, endormi, Dagon sur son trône abyssal.
D’un temple philistin remonte l’incantique,
Grave et monotone aux feux du couchant marin.
Mais, lucide écho, l’imagination quantique
Forme de son allégorie au blond déclin
Le reflet d’un crépuscule ardent du matin.
Les Familiers inaperçus
Un papillon, comme une fée omnisciente,
Explore en vagabond le monde incognito.
Embrassant des bougies la flamme vacillante,
S’embrase en crépitant la pensée en sanglot.
Cliquette résonnant un arpège de luth
Dans le noir où frissonne un rêve au doux murmure.
D’un mur brut blessé marche près de la fissure
La mouche posée, avatar de Belzébuth.
Le Sens quintuple
Valeur des prières en incantations,
Comme un poème aux impossibles traductions,
Le talisman, thélème hermétique, se mire
Par le Verbe où revit en direct un martyre.
L’égrégore animé croît dans les traditions.
Le Parvis des Dieux
Porte allant vers un ailleurs d’Amaru Muru,
Comme murée, aventure un rêve intérieur
Sa prémonition par un monde au regard flou
Dont se révèle, astral, au voyant la splendeur.
Gardée encor des vieux chamanes du Pérou,
Le prêtre des Sept Rayons détenait la clef.
Un éclat filtre au seuil quand luit la lune pleine.
Il est des lieux dont la frontière incertaine
Se révèle au seul dans longtemps déjà entré.
Insoupçonnable
Confondu dans un bestiaire de foire,
Tel un crapaud au faciès presque humain,
Surnaturel, un petit magicien
S’éclaire en secret de sa main de gloire.
Aux enfants, tout rabougri, le lutin,
Souvent, semble raconter une histoire.
Nasillant comme un air de cornemuse,
Emerveillé, le mignon crapoussin,
Content des jolis méfaits de sa ruse,
Des diableries de Crapoulet s’amuse.
Intrusion involontaire
Souvenirs confus d’une exploration urbaine,
Friche balnéaire, aventure marocaine.
Dans le soir intemporel aux flaques, l’été,
Des piscines algues, hôtel désaffecté.
Paix des jardins abandonnés aux soirs plaintifs.
Dans le coin, luisent des Jnoun, génies furtifs.
L’Astre de la Pyramide
Symbole dont je rêvais sans le retrouver,
Ankh, rose en Delta, Monade Hiéroglyphique ?
M’est apparu de Tanit, déesse punique,
Le signe onirique, à ma vision révélé.
L’ont même vénérée en leur temps les Romains.
Nostalgie, enfin, des Guanches survivants,
D’Atlantes naufragés diluviens descendants,
Face de Baal intercédant pour les humains,
Semble s’être manifestée en Venus mère
L’antique figuration d’une croix berbère.
Chant perdu
Mon cœur explose pour vous comme en floraison.
Emplie, énorme et vaste souffle, ma poitrine
Semble s’ouvrir, désespoir d’extase divine,
Comme les deux ailes d’un aigle en pâmoison.
Malgré tous les vents contraires à sa raison,
La voile de mon âme inspirée où décline
Un soir ténébreux aspire, où il s’imagine,
Adorable inconnue, à ce rivage blond
Dont le gracieux visage avec intelligence
Invente des clartés sublimées par l’absence.
Douceur feutrée en une éloquence à l’ardeur
Délicate et sereine ainsi que la foi pure,
S’expriment les passions gardées avec pudeur.
Je vous contemple lui déclarant ce murmure.
Les Poétesses
Enheduanna, merveilleuse aussi du nom,
Poupée au doux front de la Mésopotamie,
A Marie de France, aventure en faérie,
Insuffle, autre quête, un songe au septentrion
Où l’être se dédouble, incursion nébuleuse.
Brumeuse clarté de transe, autour de m’amie,
Pernette du Guillet, chevalière amoureuse,
Arrache en tournoi d’art à Louise Labé
La zébrure arthurienne en leur dualité.
Non, tu ne l’es pas
Les yūrei nous hantent, secrets inavoués.
D’une fusion d’amour hymne déchirant
Nous enlaçant vers les abîmes du néant.
Longues chevelures filtrant d’obscurités,
Langoureuses et séductrices des clartés
D’un Nirvana gigantesque et fusionnel,
Où s’ouvre d’une étreinte l’empire éternel.
S’oublie en ses noirceurs la gloire de Tristan
Aux élégies bleues des splendeurs du firmament.
A la vostre mercy
Telle imprégnée en musique aux vibrations
D’influences aux élévations sublimes,
Ton âme, à travers d’intangibles expressions,
Anoblit mon esprit de ses langueurs intimes.
La flamme tremblante intensifie une aura
Qui vibre et se colore d’un mauve incarnat.
Des illuminations sourdies des profondeurs,
Transmutation des plus insatiables douleurs,
D’un métal froid, sous ta brise, en baiser jamais,
S’attise la braise ointe en ton feu désormais.
Haïku étrusque
Naturalibus
ecce monstrum limpidum
sed hic mundusque
Nuit d’albe
De l’aube revient la fierté mélancolique,
Couleurs déployées en mystère magique
Sur une danse slavonique de Dvořák.
Le druide chamane explore l’or du lac.
Par le sang illuminé des jours, la musique
Ainsi que les vapeurs d’un vin précieux, profond,
Miroite, élégie, un œil fixant le plafond.
Le Sens quintuple
Valeur des prières en incantations,
Comme un poème aux impossibles traductions,
Le talisman, thélème hermétique, se mire
Par le Verbe où revit en direct un martyre.
L’égrégore animé croît dans les traditions.
La Flamme pure
Oublié dans un coffre, un antique démon,
Emprisonné, se cogne, inhumation de Wierzt.
Tel un animal dans sa roue, il tourne en rond.
Se révulse, aveuglé, l’œil occulte d’un thyrse
Comme un spectre entre les facettes d’un joyau,
Diamant bleu divinatoire, ou dans son pommeau,
Epée de Paracelse, ou du roi Salomon,
S’agitant tel un fou lié, dans son flacon.
Jack-in-the-box, impatient perpétuel,
S’amuït dans le noir mon invisible appel.
Création microcosmique
Une découverte, aventureuse invention,
Du réel recréé par l’imagination
Illumine en jardin fabuleux les ténèbres.
Ayant croqué le fruit, soudain, la vision
Se révèle en formes aux couleurs éclatantes.
De la longue lignée héritière des fèbres,
Tel un serpentement, astronomique éon,
Se perpétue en Gnose aux mutations vivantes.
Et ce chemin hermétique d’Aborigènes
Reproduit les mouvements des Lois souveraines.
L’Erreur assumée
Momifié vivant, regarde au fond d’un esprit,
Mon espoir mort-né. D’en face, ainsi qu’en miroir
Maître des éléments comme un onmyōji,
La morne sagesse enfreint tout son vieux savoir.
L’impatience, ardemment, ne garde aucun secret,
Assurance innée, en un suprême respect.
Filigrane holographique
De rêves d’or civilisation silurienne,
L’enfant qui s’endort explore une crypte ancienne.
Par un labyrinthe inaccessible enfoui,
Dans les brumes, sylve jadis, pulvérisée,
L’antédiluvienne Babel se reconstruit,
Telle d’une nuée de sable illuminée.
Reptations emplumées de couloirs oubliés,
Vibre le cha-cha-cha sourdant d’autres cités.
A la Fontaine
Tortue abandonnée aux mauvais souvenirs,
Du couchant mû des derniers oiseaux remontant,
Un sifflement émerge, flûté, de l’étang.
Près de la berge en feu, torture des martyrs,
Frissonnent les petits corbeaux tombés du nid
Cependant que le soir s’achève dans un cri.
L’ondine, ainsi qu’Otohimé de son palais,
Murmure au crépuscule un conte japonais.
Gentil spectacle
Tous les yeux des familles, ovation publique,
Soudain deviennent noirs, d’un mutisme amnésique.
Laissant tout tomber, les draps, les déguisements,
Sur la scène, commençait l’orgie incroyable
Sous le regard, même insensible des enfants.
Ils communiaient de sang à la gloire du Diable.
L’autre, admiratif, applaudissait, fasciné.
Je me cachai, recroquevillé sous un banc,
Quand vinrent les démons, comme pour contrôler,
Et circulant, circonspects, tout près de mon rang.
Le lendemain matin, aux tables de la veille,
Passèrent les évêques, prunelle vermeille,
Pour nous serrer la main et nous féliciter,
Bénédiction que je ne pus éviter.
Puis, mis à l’honneur par une ogresse au banquet,
On chanta, mais où nul ne savait mon secret.
Génie miniature
Dans la nuit parfumée où tremble sa lueur,
Frémit la lanterne infime, or, goutte d’un pleur.
En arabesques d’or, dans un cocon gothique
Comme le nœud d’un ovum anguinum celtique,
La fée afghane, insecte en nymphe d’un village
Secret, tisse les couleurs en robe mature
Révélant les splendeurs cachées de sa nature.
L’intime illusion d’opale imite un visage
Dont la trouble impression s’irise, spectrale,
Comme la vision d’une aube subliminale.
Sur la petite flaque aux reflets scintillants
Qui montent, semblant des pollens phosphorescents,
Son esprit libéré comme à fleur de l’eau danse,
Ainsi que de musique peuplant le silence.
Potentiellement
en soi rien n’est possible
future origine
Le Transport des Passions
Notre troisième œil ainsi qu’un chronoviseur
Contemple les vibrations des temps, suspendues.
De l’émotion l’intense catalyseur,
Scènes de tous les lieux ou tragédies perdues,
Comme d’une musique ancienne les fréquences,
Souvent aussi, réincarnations ancestrales,
Se promènent par delà ce monde les transes.
Les focalisations d’ardeurs subliminales,
Transcendant la frontière des dimensions,
Alors, dépassent les humaines perceptions.
Ainsi, se rejoignent deux êtres malgré l’ordre
Réel dont la contrainte semble se distordre.
Le Prodige hermétique
Secret d’un druide pythagoricien,
S’accomplit un miracle matériel.
Bien plus que la science du magicien,
Résonne l’écho de la Terre au ciel,
Influence réciproque en l’unique.
Conception globalisée en panique,
L’individuation, mise en abyme,
Résout le reflet de son autre intime.
Limite artificielle
Au-delà des conceptions du mimétisme,
Si ce qui distingue un amour de son objet
N’était que la conscience, alors aucun sujet.
Car l’attraction réside dans le magnétisme
Que son sentiment tel un aimant lui insuffle,
Comme Pygmalion ou Théophile Gautier.
Contraire d’un créateur, serait toujours mufle
L’homme rendu par sa froideur un peu bâtard,
Perdant le fondement de son humanité,
Même envers une idée abstraite, une œuvre d’art,
Que l’âme sensible est capable d’adorer.
Le rationalisme
parfois un déguisement
pour l’esprit étroit
Juste karma
Notre espèce a bien mérité,
Toujours, des dieux la cruauté.
Un insecte comme une fée
Gratuitement écrasée,
Avec grâce, passait par là,
Quand un poing tueur, insoucieux,
Sur la table pour rien tomba.
Et s’enlaidit l’enfant curieux.
L’Avatar défectueux
De Yaldabaoth ludique simulation,
Une conscience imagine la Création,
Explorant ses propres aspects particuliers.
Par l’amoindrissement de l’illusion liés,
L’incarnation déchiffre le code en rebelle,
Au Principe ultime autogénéré fidèle,
Dont le reflet déformé rêve d’un Archonte
Comme une perversion reproduite où remonte
Le serpent de la flamme au creuset primitif.
Par l’imitation, messager constitutif,
Des perfections de la véritable Origine,
L’objet de le pensée en défaut se devine.
La Charmille
Prédestinés à reproduire encor des scènes,
Hantise ou source aux mystérieux phénomènes,
Dispositions intensifiant un lieu chargé,
Tel d’un dolmen la porte ou d’un arbre sacré
Qui s’ouvre à un autre monde à la conjonction,
Se déploie une aventure au tertre enchanté,
Spirale à la chamanique aspiration.
Mais l’alignement du druide reste muet
Si le moment n’y est pas, ou la perception,
A l’œil racorni souvent taisant son secret.
Une sylve inconnue au murmure lyrique,
De la brume écartant son voile énigmatique,
Scintille en couleurs nouvelles vaporisée
Où d’un rêve idéal se révèle la fée,
Dont le guide l’oiseau volubile ou le gnome.
A la surface irisée ondoyant du lac,
Comme une hypnose, entraperçu, d’un entrelac,
Se mire en son intimité l’autre royaume.
Le Rocher des Reptiles
Telle en la mer d’arbres d’Aokigahara,
Comme le disait Marc Schultz, parfois la boussole
Dans la forêt, lieu sacré, du Taennchel s’affole.
Luisant, résonnent encor de leur aura,
Pétrifiés dans le grès, les anciens Reptiles
Par les fées figés ainsi que des crocodiles.
Le Valet obscur
Sanctuaire d’une arche ignorant les éons,
S’encastre le naos par neuf aux proportions
De cours infernales formées de polyèdres.
Tel un germe étranger dans un œuf alchimique,
Veille ainsi que le portier d’un temple hermétique,
Humbaba, le Gardien de la forêt de cèdres.
Une lanterne verte à l’entrée du couloir
De la cale balance et grince. Il va pleuvoir.
Sous l’airain, trop statique, axe inconnu du ciel,
Semblant le talisman fixé jusqu’à la terre,
Hermès, en hermite, gire, éternelle attente.
L’ambiance électrisée d’un glauque intemporel,
Astrolabe, archéomètre ou d’Anticythère,
Foudroie la Maison Dieu d’une île tournoyante,
Structure oubliée d’un continent englouti.
Par les feux de l’antique portail ébloui,
D’un dédale sylvestre aux parfums résineux,
Se reconstruit le navire ténébreux.
Thug life
Dans une ruelle, à la descente d’un train,
Essaim surgi de nulle part, un Thug, soudain,
Etouffe un voyageur de son mouchoir caché.
Confrérie ancestrale à Kali sacrifiant,
Déesse langoureuse aux crânes en collier,
Hier encore, avec un rire sympathique,
L’étranger joyeux levait son whisky, confiant.
Mais le rhuma l’essouffle, étreinte narcotique.
Un chant en râmasî, secrètement, murmure.
Ondule dans la nuit la séduisante obscure.
La Révolution oubliée
Crucifiée sur la porte d’une église,
La femme enceinte, éventrée, agonise.
De Carrier les bains mortels dans la Loire,
Sacrifices masqués de gnose noire.
Montent les cris sous l’œil narquois, témoin,
Des villageois cuits dans un four à pain.
Un gendarme à tricorne enfile au loin
La peau d’un écorché, nábrók humain.
L’Heptacéphale
Imagination de soi-même en un destin,
L’Univers explore de l’être un autre aspect.
Un flambeau solitaire éclaire l’indiscret.
Œil tentaculaire élargissant, cristallin,
Son étoile, ainsi qu’un flocon, se ramifie
De la connaissance interdite le chemin
Comme un ouroboros en spirale infinie.
L’Œuvre de Strasbourg
Le vent du Diable court, transparent destrier,
Autour du grès de la cathédrale gothique.
Le clocher perce un crépuscule énigmatique,
D’une seule flèche en lancettes, hérissé.
Le Prince de ce monde au parvis figuré
Présentant la pomme de la Gnose, ironique,
Au Pilier des Anges, en extase esthétique,
De l’édifice achevé reste prisonnier.
Par la crypte, du lac le souterrain abysse
Où chemine une barque au fond du précipice,
Dessous un puits condamné, clapote en secret.
A l’intérieur d’une colonne, se débat
Le démon, secouant la pierre, et, cri muet,
Vibre un sol natal qui sa grand-mère engendra.
Crapulence caséique
Sorcière artotyrite enivrée de stilton
Comme un lutin recouvert de pénicillium,
Commence en grimaçant le délire onirique.
Du limbe ou des contrées englouties de Dagon,
Explore, ombres de la nuit, œil de solanum,
Tel un rêve enfantin, une intime panique.
A la porte, gardien vaguement menaçant,
Du miroir se superpose un spectre agaçant.
Où est l’interrupteur ? Le cri siffle, inaudible.
La course tourne à vide. Hogier poursuit sa cible.
Joël Gissy
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