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Suite
L’Arc qui ne faut
Du point de mire universel, rien de magique.
Au quotidien, tout l’est. Le prisme des couleurs,
De même la géométrie mathématique,
Remonte de l’inconscient des profondeurs.
Notre corps se construit d’un rêve animal
Tissant le réel ainsi qu’un miroir global.
Le temps s’achève, perpétuelle origine
Se recréant sans cesse en spirale infinie.
Chaque instant, dans son hésitation, se devine
Comme un arc dont la foudre ondoyante varie.
Et, tel un serpent démultiplié, balance
La raison de ses causes en flux incertains.
Car la Loi, sans fin, s’applique en nouveaux destins,
Parmi les prophéties de la coïncidence.
L’Heptacéphale
Imagination de soi-même en un destin,
L’Univers explore de l’être un autre aspect.
Un flambeau solitaire éclaire l’indiscret.
Œil tentaculaire élargissant, cristallin,
Son étoile, ainsi qu’un flocon, se ramifie
De la connaissance interdite le chemin
Comme un ouroboros en spirale infinie.
Le
Vestige
Tout ce que j’aimais autrefois a disparu.
Le rêve insurpassablement désespéré,
Surnageant, mer de ténèbres, a survécu
Malgré tous les frustrés qui veulent m’achever.
L’esquif au crépuscule à jamais naufragé
Se souvient des lieux familiers, comme inconnu.
Par les ruines d’un enchantement profané,
Mon regard se promène aux vestiges perdu.
Le Rêve d’un damné
Si la vie m’apportait la fortune un beau jour,
Serais-je un Marc Aurèle ou un Caligula ?
Car ne le surnommait-on pas « notre poupon » ?
Un aigle triomphant ou un lâche vautour ?
Heureusement, personne jamais ne saura.
Par excès de passion dans un élan d’amour,
Mêlant stoïcisme et carnages de Néron,
D’extrêmes opposés, peut-être la fusion.
Le Tanka de l’Artiste
Comme en chute libre,
Je continue à danser.
Viens, écrasement.
Nous te noierons de la main,
Si ce n’est déjà trop tard.
Le Voyage de Kadingira
Chantant Inanna d’un air tendre,
"Même mon sexe n'est que cendre",
Princesse inspirée dans l’exil,
Dit la prêtresse poétesse.
Du crocus frémit le pistil,
Précieuse épice où la tristesse
De l’aube fleurit en secret.
La main tenant les sept pouvoirs,
Seul souvenir de ses espoirs,
Reconnaît encor son attrait.
Dame chevauchant une bête,
Un déluge foudroie de feu,
Déesse au flanc drapé de bleu
Constellé d’or, la tour sans tête.
Le Valet obscur
Sanctuaire d’une arche ignorant les éons,
S’encastre le naos par neuf aux proportions
De cours infernales formées de polyèdres.
Tel un germe étranger dans un œuf alchimique,
Veille ainsi que le portier d’un temple hermétique,
Humbaba, le Gardien de la forêt de cèdres.
Une lanterne verte à l’entrée du couloir
De la cale balance et grince. Il va pleuvoir.
Sous l’airain, trop statique, axe inconnu du ciel,
Semblant le talisman fixé jusqu’à la terre,
Hermès, en hermite, gire, éternelle attente.
L’ambiance électrisée d’un glauque intemporel,
Astrolabe, archéomètre ou d’Anticythère,
Foudroie la Maison Dieu d’une île tournoyante,
Structure oubliée d’un continent englouti.
Par les feux de l’antique portail ébloui,
D’un dédale sylvestre aux parfums résineux,
Se reconstruit le navire ténébreux.
L’Exil d’Enheduana
Du fond d’un moudhif de la Mésopotamie,
Maison tressée de roseaux paraissant flotter,
Grince en vibrant gravement la harpe endormie.
Hypnose immémoriale, exulte la clarté
D’une hymne adorable au-delà des millénaires.
Se déroule d’un chant le regret des mystères.
La Malédiction du Savoir
Comme choquée par des tortues,
La petite maison flottant
Sur la mer du Déluge ardent,
De cèdre en ses plaintes tordues,
Ballotte jusqu’à son rivage.
Toujours, l’impassible visage
Du sauveteur fera surgir
Du monde le nouveau village.
Enlil, apportant le savoir,
Serpent bipède, en ce miroir,
Enfin, fructifie du Nadir.
Réconfort
Le troisième huis s’ouvre d’un coup
Comme un craquement dans le crâne.
Tel un sanglot qui se trépane,
La Mort avait un œil si doux.
Le Lai de la Pauvre Dame
Dans une tour, meurtrie s’endort
La femme d’un roi trop jaloux,
Pierre scellée par tous les trous.
Son mari l’avait enfermée
Dans le donjon mort d’un vieux fort.
Presque amante défenestrée !
Le chevalier faé sa cour
Faisait, résonnant le pas lourd
Du seigneur trompé. Son courroux
N’égala jamais sa fierté
De son désespoir attisé
Par sa dame dont la santé
Revenait malgré tous les jougs.
Il vient parmi les rêves flous,
Tel un autour, noble rapace,
Il vient toujours et il repasse.
Dans une tour, meurtrie s’endort
La femme d’un roi trop jaloux.
Embarbelé dans le barreau
De l’inextricable château,
Le bel amant débat son aile,
Pleurant son amante si frêle.
Dans une tour, meurtrie s’endort
La femme d’un roi trop jaloux.
Des Sifflements télépathes
Les hommes primitifs ont gardé le pouvoir,
De la réalité prédire sans avoir.
Sauvages des sommets, à l’ondoyant pelage.
Et soudain s’effaçant des vues sur un alpage,
La sorcière du soleil cueille l’aspérule.
L’ancien de la montagne en sa pipe la brûle.
Car les mots sont appris sans qu’on les leur enseigne.
Le coquelicot de la prairie verte saigne.
Le Chevalier blessé
Roi devenu pêcheur car châtré en bataille,
Le patient gardien du Graal vit tel un nocher.
L’ascète oublie la selle de son destrier.
Faisant jaillir une source au pied d’un rocher,
Anguipède, autre Jupiter, saute, et la faille
S’ouvre d’une déesse aquatique aux vertus
De guérison que les Pauvres Chevaliers
Par le serment de leur connaissance liés
D’un secret sanctuaire au cœur mystique ont tus.
Le Loup de la Forêt-Noire
Envoyée tôt dans la forêt par ses parents,
Part chercher du bois la petite de six ans.
Averti par son retard, le hameau s’inquiète,
Quand revient en courant et hochant de la tête
L’enfant que poursuit un lycanthrope affamé.
Dans la clairière où se dressera le bûcher,
De la brume accourant près de sa maisonnette,
Les villageois enragés encerclent la bête.
La Passante inaperçue
La femme de l’ogre avec un œil dans la main
Regarde en le possédant soudain un vieil homme.
Portée par le vent du sud, Aapta n’Cheidh vient
En vêtements somptueux et de parfum, somme
Les filles de rentrer. Le piège se referme.
Bénéfice du doute,
Mieux vaut traîner en route.
On attend à la ferme.
Philosophie de Damoclès
Chant du bouc d’une sylve antique où, verdoyantes,
S’écrase l’odeur eucalyptolée des plantes
Parmi des ruisseaux scintillants de cristaux bleus
Que la menthe aquatique anise, été brumeux,
La plénitude exubère en transes orgiaques.
Chants d’hypocrites masqués, jeux dionysiaques,
Respire, hypertrophiée, l’extase existentielle.
Vertiges de Pan sacrés en fête charnelle,
Le dieu étranger, sombre, au regard flamboyant,
Accomplit son mythe ainsi qu’un démembrement.
Et dans cette splendeur où plane une élégie,
Exulte enfin l’irrésistible tragédie.
Le
Triangle d’Irminsul
Symbole rêvé
Triquetra du Valknut en racine infinie,
S’ouvre l’œil odinique, ardente prophétie.
Nœud des tombés au champ, le palais parallèle
Où les guide une guerrière ailée pucelle
Ouvre ses battants, forteresse métallique.
Et la complexité de ces portes s’intrique,
Divination d’un crépuscule ensanglanté
Que perce le marteau d’un géant foudroyé.
Sursaut nocturne
Un pantin de la Isla de las Muñecas
Tourne la tête avec un regard luisant.
De bras articulés, les rires d’un enfant
Semblent grincer dans le silence aux maracas
D’un jouet soudain s’animant au clair de lune.
Le fils du vieux pêcheur se souvient de chacune.
Les pèlerins transis de la légende urbaine
Croient voir flotter dans l’eau croupissante et malsaine
-Ou sont-ce les vapeurs de tequilas trop fortes ?-
Une robe à festons parmi les algues mortes.
Le Rocher des Poupons
Réservoir des âmes, secret comme une Gouve,
Moussu, sous la cascade sauvage, un rocher
Frappé d’un bout de baguette de noisetier
Apporte son espoir fertile à qui le trouve.
Du Bubalafels, dans la brume des sapins,
Sommeille la déesse appelée par ces coups.
Alors, naîtront dans la froidure des matins
Les petits arrivants espiègles et doux.
La Piste fugitive
Au-delà d’Enfers aquatiques souterrains
Que visitèrent des dieux morts sumériens
Plus loin que les ramifications de racine
D’un arbre s’engouffrant au fond de sa poitrine,
Descend la perception quelquefois onirique.
Parmi des murs coulissants, le dédale imbrique
Ainsi qu’un jeu de stratégie, en sept portails,
La course solitaire déviée sur ses rails.
Et, décryptant ces lames mêlées, innocent,
Figure en les arcanes d’une allégorie
De gravures énigmatiques, le passant,
Tel impliqué dans une carte d’alchimie
Dont se reconnaît la suite en se découvrant.
Le Guédé
Une âme assise auprès de son tombeau neuf jours,
Petit ange à l’image aristotélicienne
Oubliant, estompés, ses voletants détours,
Le grand esprit, parfois dérobé, à la traîne,
Revient, zombie emprisonné, parmi le siens.
La momie égarée erre encor dans le monde,
Comme un esclave enchaîné d’argent par ses liens,
Ainsi qu’une chair engourdie et moribonde.
Le Passeur, corrompu par un sorcier vaudou,
Capture la quintessence, harnachant son cou.
Le Chemin du Duc
Parmi des portes bleues luisantes,
Le rêveur choisit son destin,
D’un cimetière mandarin
Semblant le labyrinthe aux pentes
D’irrésolvables épouvantes
Imbriquées ainsi qu’en l’écrin.
Parmi des portes bleues luisantes,
Le rêveur choisit son destin,
Trépassant des arches ardentes.
Son cri sidéral, du lointain,
S’amuït dans le miroir soudain
De bouches aux lèvres absentes
Parmi des portes bleues luisantes.
Nostalgie d’Eridu
Accroupi sur le sable, un scribe oublie le sens
Des coins que perpétue son calame tardif.
Amnésie, se transmet le savoir primitif
Du symbole brisé dans les fumées d’encens.
Les dieux sumériens sont des états de conscience,
Base bien plus vaste où se comptait l’existence.
Par des plans profonds où la physique en miracle
Conçoit les proportions d’un diluvien coracle,
Le réel vogue à sa source directement.
Au centre de son cycle, éclot l’œil du Serpent.
La Boîte à musique
Vibration gravant la suture sagittale,
Résonne en son coffret la musique crânienne.
Saturne, avec une mélancolie humaine,
Tourne son compas dont frémit la pointe axiale.
Afin d’écouter l’immémorial paraphe,
Rilke avait voulu reproduire un phonographe.
Partition de la Cène de Da Vinci,
Braille inconnu, guimbarde ou phytonologie,
De la nature en son invisible harmonie,
L’individuation de l’Univers s’inscrit.
Le Sceau de l’Homme
Contour de main soufflée en peinture rupestre,
L’étoile de Vénus estampe son sigil.
Quintuple conjonction, de l’outil le plus dextre
S’imprime à demain le filigrane subtil.
Application sans fin de la géométrie,
Résonne l’introspection de sa magie.
Car la profondeur devinée d’un archétype
Evolue, de sa raison renaissant principe.
D’un pendentif, tel en occulte médaillon
Pythagoricien, s’abîme la proportion.
Pentagramme brisé, comme un tarot gitan,
Revient le cycle décalé s’organisant.
Secret de Faust, la physique surnaturelle
S’enracine aux fondements de la perception
Quand l’imagination devient matérielle,
Créant son origine en divination.
Rectificando
Provisoirement libérés de leurs flacons,
Domptés par un grand roi, s’activent les démons,
Semblant l’essaim d’une ruche antédiluvienne.
Flamboie d’alignements la rose de la chienne.
Mais trois traîtres hyksôs frappèrent à Memphis
Le descendant ophidien du derniers fils.
Paliers du pavé contourné, le souterrain
Pénètre par degrés sous les piliers d’airain.
Magnétisme des odeurs
Grapille de cœurs jaunes, en clef minuscule,
La déesse enfiévrée tourne sa clavicule.
Parfums délicats d’un printemps originel,
D’oniriques prairies se répand le miel.
Le monde des secrets oubliés s’harmonise
Dans le soleil hexagonal neuf qui l’irise.
La constellation de Vénus, florilège,
Respire l’atmosphère adoucie qui s’allège.
Force placide
Nomade fils des loups, d’un aïeul éduen,
Portant sur le dos son antique père Anchise,
Au Palazzo Nuovo, le Galate agonise.
Descendant fratricide en une grotte étrusque,
L’enfant sauvage écume, une rose à la main.
Le cynorhodon déploie au ciel sa chérusque.
Jusqu’au regard d’anis des carrières d’onyx,
Des steppes azurées résonne le carnyx.
Culpa
Une provisoire prison
Attend le temps de la rançon.
Dans un cachot du Moyen-Âge
Médite le stylite sage.
Médiateur, tu te complets
Dans les colonnes d'un palais.
S'ouvrent les vastes horizons
Flamboyant aux murs des cloisons.
Mais quelle formule magique
Saura te sortir de ta crique,
La patience a sa panique.
Leimbach
Les chemins du Gottestal et Oberheiden
Se suivent parallèles, payen et d’Eden.
Ivresse de Noé, par Uta-Napishtim,
Le soleil irradie les vignes du Leim,
Ruisseau de limon noir collant au pré qui fume.
Le village, plus bas, s’encaisse dans la brume.
Un corbeau calligraphie le ciel de sa plume.
Réponse libre
Se rappelle à ses réflexes
Le dogme insidieux des clercs.
Malgré les discours complexes,
Réflexes au fond pervers,
La solution naturelle,
Un coup de hache en plein crâne.
La civilisation frêle,
Fine et fragile membrane,
Se déchire, hypocrisie
Des discrétions impunie.
Se révèle et s’exacerbe,
L’œil clair, la santé superbe
Du sentiment oublié
De la générosité.
Le Papion cynocéphale
Le babouin coiffé de son némès organique
Semble un scribe au flegme sage et contemplatif.
Sous une charmille en moudhif prédynastique,
Médite, archétypal ainsi qu’un hologramme,
L’avatar calme au regard faussement plaintif.
Mais son croc pourfend, acéré comme une lame
Ou l’ivoire éclatant d’un précieux calame.
Couvert de ses bijoux, le singe semble un masque
Funéraire irisé par le sable en bourrasque.
Conclusion
Le 18 avril 2023
Joël Gissy
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