Allumer le feu
Ouverture
Je viendrai à vous les bras chargés de trésors
Des abîmes obscurs aux limbes de lumière.
Et avec de l’esprit la subtile matière,
Nous irons bâtissant, tel un jardin des sorts,
Le labyrinthe de notre quête idéale.
Et pour finir, frileusement nous descendrons
Par un chemin boisé parsemé de chardons
Vers les gouffres où toute beauté est fatale,
Ainsi qu’en un palais vaste et voluptueux.
Mais à présent, ô mon hôte, public studieux,
Hésite un instant, s’il te plaît, à pénétrer
En ces lieux où parfois, au hasard de la route,
Le regard miroitant, tu pourrais rencontrer
Un spectre familier qui t’observe… , à l’écoute.
Désir et Musique
Les frissons du désir, enfants de la musique,
Submergent un esprit et s’enflent dans nos chairs
Comme un orage empli de spasmes électriques.
La vague énorme semble emporter par les airs
Le cœur que transporte son élan pathétique,
Soudain précipité en de lointains éthers.
Et dans un océan de rayons prismatiques,
Il s’ébat, quand frappé d’innombrables éclairs
Qui s’abattent sur lui, foudre accusateur,
Leur éclat le soustrait à cette apesanteur.
Alors, pareil à l’oiseau transpercé d’un trait,
Fracassé contre la berge en mille explosions,
Se débattant parmi d’affreuses convulsions,
Son battement se meurt ainsi qu’un menuet.
Lucie « Romance »
Icauna
Une nuit argentée par la lune gibbeuse,
Au bord du lac mirant une sublime vouivre,
Dans ma mélancolie, je me sentis revivre.
Je ramassai sur le bord sa pierre précieuse,
Que je lui dérobai. Puis revins chaque soir,
Par les cris lacustres, tâtonnant dans le noir.
Quelquefois, la voyant marcher le long du fleuve,
Dans un manteau de sang, pâle et majestueuse,
J'éprouvais les regrets dont mon âme s'abreuve.
Enfin, pris de remords, je la lançai dans l'eau,
Admirant ce dragon, d'un ultime sanglot.
Tristesse de Zéphyr
Pleurs d’Aphrodite mêlés au sang d’Adonis,
Naquit Anémone ainsi qu’une pâle iris.
Telle un enchantement du sorcier de Hongrie
Brandissant, détournée, la Lance du Destin,
Dont sonne l’oreille aux splendeurs de sa magie,
La fée végétale, en déployant un jardin
Autour de son minois semblant d’un séraphin,
Luxuriance épanouie d’un verdoyant feuillage
Dont éclot, tôt dévoilé, le secret visage,
Frissonne en étouffant de noire fumagine.
Le crépuscule en ses nervures imagine
La gracile harmonie qui déjà se résorbe,
Inspirant d’une lune nuageuse l’orbe.
Harcelée d’insectes vampires assoiffés
De ses larmes aux tressaillements parfumés
Et, fanée, se dérobant sous un soupir tendre,
La faérie s’affaisse en un monceau de cendre.
Lilly – Rose « Gigue »
Le Loup de la Forêt-Noire
Envoyée tôt dans la forêt par ses parents,
Part chercher du bois la petite de six ans.
Averti par son retard, le hameau s’inquiète,
Quand revient en courant et hochant de la tête
L’enfant que poursuit un lycanthrope affamé.
Dans la clairière où se dressera le bûcher,
De la brume accourant près de sa maisonnette,
Les villageois enragés encerclent la bête.
Le Chevalier blessé
Roi devenu pêcheur car châtré en bataille,
Le patient gardien du Graal vit tel un nocher.
L’ascète oublie la selle de son destrier.
Faisant jaillir une source au pied d’un rocher,
Anguipède, autre Jupiter, saute, et la faille
S’ouvre d’une déesse aquatique aux vertus
De guérison que les Pauvres Chevaliers
Par le serment de leur connaissance liés
D’un secret sanctuaire au cœur mystique ont tus.
Maël Lettre à Elise
Pour Elise
Caressant ton visage, et toute exquise
T’enrobant, Elise, de ma tendresse,
Le gris d’argent de tes yeux me grise.
Filtrant ainsi qu’une douce promesse,
Mon rêve, à peine, dans mes bras, sans cesse
Ton sourire ose effleurer de surprise.
L’Union spirituelle
Nous nous retrouverons, baignés par l’air bleuté
D’un océan spirituel de volupté.
Et nous nous étreindrons ardemment d’âme à âme
Pareils à deux papillons autour d’une flamme,
Songeant aux amours brisées de nos corps de chair.
Nos désirs éthérés, semblables à l’éclair,
Nageront l’un vers l’autre, esprits purs et glorieux,
Portés par la passion qui pourfend les cieux !
Alors, librement, l’Androgyne originel,
Tout de lumière éblouissante auréolé,
Fleur d’un Nirvana d’azur sombre et velouté,
Embrassera les feux de son rêve éternel.
Aéla Film Intouchables
Affinité
Lumière, d’une très lointaine étoile, au creux,
Notre rétine ainsi qu’un coffre globuleux
Répercute en son intimité le rayon,
Peut-être déjà morte en sa constellation.
Par son regard, universelle communion,
L’être inconsciemment créateur fixe un possible.
La magie de l’instantanée divination,
Comme à un carrefour une hésitation, crée
La manifestation de l’univers sensible.
La causalité se refonde à nouveau née.
Comme toi-même
Apporte aux autres non pas ce que tu voudrais
Mais la forme d'amour de leurs êtres secrets.
Matérialisation, les rêves exaucés,
Tu vas te perdre à contre-cœur des vérités.
A toi l’inextinguible ascèse des palais.
Cerf volant
Le Cavalier du Vent
Montant un sylphe médiocre,
Or qu’il errait dans la sylve ocre
Par une après-midi d’automne
Qu’au fond le rocher qui résonne
Argente d’un reflet diapré,
Son cerf s’arrêta dans un pré.
Mais lorsqu’extatique il enfla
Son sein plein de mystique aura,
Soudain l’orage éclata d’entre
Le thorax étreint en son centre.
Déchaîné comme un brasier,
L’insigne oracle, immaculé,
Par l’amplitude écervelée
De ce grand vent de vérité
Sentant l’essor désespéré
De sa poitrine écartelée
Comprit alors le sens unique,
Dans un mouvement de panique.
Et pris d’un effort amnésique
En cette acuité prophétique,
Tout s’emballa d’un fol tourment
Où il sombrait tourbillonnant,
Porté par l’aspiration
Qui naît des flots de la passion.
Dialogue onirique
Le désir du Néant a conduit plus d’un homme
A songer, or que le sommeil ne venait pas,
Aux infinies douceurs de son propre trépas.
Les voluptés de l’oubli s’ouvrent parfois comme
Une naissance à un autre univers conscient.
-Car c’est seulement lorsque l’on ne veut plus être,
Que l’on est réellement.- Ainsi déficient,
Je descendis malgré moi dans le gouffre traître,
Comme nageant parmi les laves corrosives,
Tandis que ma chair fondue semblait me quitter
A mesure que j’allai par l’immensité
D’un cratère où m’englobaient, formes primitives,
Les cercles mystérieux de la métempsycose.
Par delà les épais manteaux d’or et de braise,
En des cavernes où l’esprit, mal à son aise,
Parmi des limbes argentés se décompose,
Je plongeai en proie à une harmonie immonde.
Tout n’était que notes et rythmes affolés,
D’un agencement trop dément pour notre monde
Ainsi qu’un clavecin en spasmes effilés,
Plus éloquent que les stances d’Anacréon,
Ou tel un orgue au ventre en spire interminable
Pliant l’espace-temps comme un accordéon.
Alors je devinai l’Enorme abominable,
Au milieu de cette étrange cacophonie :
Etait-ce un fœtus, un monstre céphalopode ?
La forme inachevée, anormale et honnie
D’une phalène dont la vague angoisse rode ?
Je ne sais précisément ce que nous nous dîmes,
Conversant en esprit au fond des noirs abîmes,-
Mais cette rêverie sublime, or que j’oublie,
Me laisse à cet instant comme une nostalgie.
Caresse sur l’océan
Je crois aux dieux féconds des mers originelles
Régnant sur les palais de cités éternelles
Et vois au fond des flots de vastes sanctuaires
Dentelés de coraux, des rivages qui plongent
Parmi les blancs récifs et les tertres qui songent
Dans l’immensité bleue de gouffres somptuaires
En un monde abyssal plus ténébreux et vague
Qu’une fosse océane. Et maint flasque géant
Dans ce visqueux éther ondule fainéant,
Sombre et tentaculaire, or que son ventre élague
Des jardins suspendus comme des cathédrales,
Tandis que dans la nuit scintillent les yeux pâles
Des calamars craintifs. Mais l’austère musique
De ce chaos immonde a d’étranges merveilles
Dont chaque bulle blonde éclot dans les oreilles
De quelque vieux démon, physeter fantastique
Qui gronde certain soir. Et ce chant de sirène
En mon esprit résonne et charme mes pensées,
Comme si quelquefois des profondeurs glacées
Montait l’appel d’une Vénus anadyomène.
Le Lai de la Pauvre Dame
Dans une tour, meurtrie s’endort
La femme d’un roi trop jaloux,
Pierre scellée par tous les trous.
Son mari l’avait enfermée
Dans le donjon mort d’un vieux fort.
Presque amante défenestrée !
Le chevalier faé sa cour
Faisait, résonnant le pas lourd
Du seigneur trompé. Son courroux
N’égala jamais sa fierté
De son désespoir attisé
Par sa dame dont la santé
Revenait malgré tous les jougs.
Il vient parmi les rêves flous,
Tel un autour, noble rapace,
Il vient toujours et il repasse.
Dans une tour, meurtrie s’endort
La femme d’un roi trop jaloux.
Embarbelé dans le barreau
De l’inextricable château,
Le bel amant débat son aile,
Pleurant son amante si frêle.
Dans une tour, meurtrie s’endort
La femme d’un roi trop jaloux.
Christelle auteur compositeur interprète « Vole petit oiseau »
Le Turnix mugissant
Tel un petit poulet sauvage
Qui gambadait sur l'herbe, enfin,
Je l'apprivoisai sous un pin,
Avec des biscuits au fromage.
Parfois, remontant le chemin,
Lissant son beige et brun plumage,
Il voletait un peu plus loin
En un sautillement chafouin.
Jour après jour, ma grosse caille,
Fallait-il, ainsi, qu'il s'en aille,
Que s'amuisse le cri puissant
De mon cher turnix rugissant.
Tableau chamanique
D’après Jóska Soós
Souriant du regard, comme un petit oiseau,
L’esprit bienveillant semble taillé à la faux
Ainsi que d’un fouillis de crochets dans le voile
De la réalité. Des lames s’incarnant
Par la projection d’un éblouissement,
Prend forme dans l’œil la vision géométrique,
Chaos d’un assemblage fantasmagorique.
Dans les ténèbres, soudain, le voilà plongé
Filtrant à travers l’éclat de l’obscurité,
Tel en un miroir plaquant ses mains sur la toile.
Anne-Marie final de la sonate pathétique Beethoven
Le Bosquet de consoude
Dans la nuit de menthol salviée, les champignons
Verdoient, essaims furtifs, tels des petits lampions
Au passage effacé semblant des vers luisants.
Non loin, songent, enflammés, de spongieux gisants.
Sur la mousse où s’imprègnent des pas silencieux,
Pouffent dans le brouillard les volutes sporées
Des vapeurs se mêlant d’expirations boisées
Au firmament, charmille en sylvestres cieux.
Le Feu nocturne
Derrière l’abbaye perdue de Bonnevaux,
Tout près de l’introuvable et accueillant château,
Sommeillaient les moines décimés, wisigoths,
Par une invasion oubliée de loups-garous,
Où, brumeux, dans le noir, court le mauvais chemin.
J’y lisais quelque nuit, solitaire et serein.
Un ectoplasme a passé, tel en frissons flous.
Imagine, un soir, égaré, ces râles fous.
Laura « Quand on a que l’amour »
Inquiétude
Poème en langage des calamars
Visage soudain pris d’un rose pailleté,
Il devient progressivement orangé.
Tandis que s’empourprent les sourcils minuscules,
Comme un lent reflux d’encre, le corps vire au bleu.
Souple, la queue d’azur s’orange peu à peu.
Sourcils plus rouges ; frémissent les tentacules.
Phytonologie
1.
L'harmonie des fougères, sous la sylve sombre,
Monte en florilège, accords fins et surranés.
Ecarts inattendus couinant de leur ghatam,
Les champignons, handpan, chantent dans la pénombre,
Tandis que sous de verts grincements arborés,
Les bananes, du xylophone et du tam-tam.
2.
Soudain claquent des gouttes d'eau.
Un chêne accorde son piano.
Le tronc gémit, noueux vieillard,
La brume tombe, il se fait tard.
Clochettes d'azur purpurines,
Se réjouit l'air des glycines,
Enthousiasme si gaillardi
Qu'il semble un accent de M'labri.
3.
Accords grégoriens d'un orgue végétal,
La passiflore hulule un chant religieux.
Nombres pythagoriciens de cette fleur,
L'histoire se raconte en codage mystique.
La plante craque ainsi qu’un réflexe vagal,
Semblant l'impulsion d'un courant mélodieux.
Des forêts neuronales parmi la moiteur,
Sourd de la pousse en tige des troncs la musique.
Un oiseau de paradis chante ses arpèges,
Puis, grave, abaisse le parfum de ses pièges.
Le
Sphinx apprivoisé
Sur
le bureau, tout frissonnant
Comme
une petite souris,
Goutte
de miel et de lait,
Mon
papillon de nuit aimait
Chopin.
Car à peine tournant
La
valse de l’adieu, surpris,
Le
sphinx tête-de-mort, soudain
Se
blottit derrière la chaîne.
Il
y restait des soirs durant,
Avant
de regagner sa place.
Le
battement poursuit le train.
Oiseau
de foudre, esprit-phalène,
S’effaça
son envol fugace.
Les copains d’abord
A travers les cristaux
1.
Par une noire pierre de solstice
Près des Pierres Blanches, en l’interstice
Fendu sur le sommet du Mont Saint-Clair,
Refuge d’hermites, puis de Cathares,
D’un ancien temps préhistorique, un vert
Rayon, frappe le roc des dieux lares.
L’Apocalypse en tout est permanente
Et se dévoile à mi-chemin de pente.
2.
L’au-delà creux d’une vie parallèle,
Rêve d’âmes gigognes, se révèle.
Dans un utérus thanatonautique,
Vers la lueur d’un soleil souterrain
Forçant du temple la porte d’airain,
Au puits, l’enfant me guide, énigmatique.
Attendrissement
Je suis pareil à ces hippocampes d’Ilion,
Qui par milliers, amicaux, vont voir les plongeurs
Parmi l’espace scintillant des profondeurs,
Et meurent soudain à la première émotion !
Avant de remonter, triste nuée de corps,
Les petits équidés, mignons et pleins de grâce,
Font un ballet aquatique, et plus d’un embrasse
Du bout de sa trompe aimable, en ces beaux décors,
Le curieux qui les trouble, et l’aime et l’accompagne.
Alors, vers la lumière ondoyante il regagne,
Porté par l’écume oublieuse aux plages claires,
La vaste éternité dont à peine affleurait
Ces myriades de consciences élémentaires
Dont s’éteint en un souffle indistinct le secret.
Joël Gissy
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