Souhaits de poèmes (soirée du 29 mai 2026)

 

Souhaits de poèmes



Chine


Tiankeng


Gouffre céleste


Décantation d'un fin réseau de brume,

La forêt souterraine du Guangxi,

Karst de la méridionale Chine,

Se déploie, telle une vaste doline.

Soudain, comme un effleurement de plume

Frissonne par un rayon ébloui.

Monde intemporel d'un écrin rupestre,

Se rêve une clairière extraterrestre.

Entre les lacs d'arbustes biscornus,

Volettent des insectes inconnus.



Sylve chthonienne


Dans la doline du Guangxi,

Parmi les fougères velues,

S’ébattent des guêpes dentues.

Vapeurs des forêts primitives.

Quand on s'imagine assailli

A coups de dards et d'incisives.



Le Sang des Princes


Puissant et protecteur, ondule, minéral,

Pareil au paon de James Cox imbriqué d’écailles,

D’un grand dragon de jade la cotte de mailles.

Diaphane, ondoie épousant le courant fluvial,

Sinusoïde, ainsi qu’un silure de verre,

L’ouroboros porcin dont s’enroule, fœtal,

L’équilibre cosmique insinuant la sphère

D’un ovum anguinum dont filtre la lumière.

Mais, danse de vapeurs, doux et verdoyant,

D’encens son trouble sinople ourle souplement.



Moyen-Age et formes médiévales


Le Lai de la Pauvre Dame


Dans une tour, meurtrie s’endort

La femme d’un roi trop jaloux,


Pierre scellée par tous les trous.

Son mari l’avait enfermée

Dans le donjon mort d’un vieux fort.

Presque amante défenestrée !

Le chevalier faé sa cour

Faisait, résonnant le pas lourd

Du seigneur trompé. Son courroux

N’égala jamais sa fierté

De son désespoir attisé

Par sa dame dont la santé

Revenait malgré tous les jougs.

Il vient parmi les rêves flous,

Tel un autour, noble rapace,

Il vient toujours et il repasse.


Dans une tour, meurtrie s’endort

La femme d’un roi trop jaloux.


Embarbelé dans le barreau

De l’inextricable château,

Le bel amant débat son aile,

Pleurant son amante si frêle.


Dans une tour, meurtrie s’endort

La femme d’un roi trop jaloux.



Le Feu nocturne


Derrière l’abbaye perdue de Bonnevaux,

Tout près de l’introuvable et accueillant château,

Sommeillaient les moines décimés, wisigoths,

Par une invasion oubliée de loups-garous,

Où, brumeux, dans le noir, court le mauvais chemin.

J’y lisais quelque nuit, solitaire et serein.

Un ectoplasme a passé, tel en frissons flous.

Imagine, un soir, égaré, ces râles fous.



Le Dragon visqueux


Le chevalier combat un escargot géant.

D’un coup de lance, éclabousse en giclée, gluant,

Le gastéropode ainsi qu’un spasme gloussant

Par la plaie de son laiteux estomac béant.

Dégonflé, le monstre agonise en ricanant.



La Compassion de Connaissance


Miracle au jour solsticial de Damona,

Baignant les sources d’une magnétique aura,

Où le druide renaît de son chaudron de vie,

S’abat le cygne sauvage en plein vol blessé

Que tient, attristé, tendrement, le vieil ascète,

Sauvé, pur, le chaste repenti de folie.

Dont l’élément supplémentaire a serpenté,

Le cycle zodiacal des Eons se complète

A la table hermétique irradiée par les feux

Du crépuscule ensanglantant un or vineux.

Mais au treizième augure de Vénus, vivante

Emeraude tombée de la couronne ardente,

Où le Porteur de la Lumière est sacrifié,

Maudit le sang royal un pauvre chevalier.

Les gardiens chassés du château salvateur

Veillent à la prunelle inversée de son cœur.



Trois rondels récents (rondeaux anciens)


Le Chemin du Duc


Parmi des portes bleues luisantes,

Le rêveur choisit son destin,

D’un cimetière mandarin

Semblant le labyrinthe aux pentes


D’irrésolvables épouvantes

Imbriquées ainsi qu’en l’écrin.

Parmi des portes bleues luisantes,

Le rêveur choisit son destin,


Trépassant des arches ardentes.

Son cri sidéral, du lointain,

S’amuït dans le miroir soudain

De bouches aux lèvres absentes

Parmi des portes bleues luisantes.



La Sœur du Dieu des Rues


Archétype ambigu de goule agonisante,

Rêve un bas-relief des dents de Lamashtu.

Ravalant ainsi qu’un flot le long de son cou

Le sang revêtant sa poitrine séduisante


Comme sous la pluie une étoffe moulante,

Dont roule en cascade ondulante son crin roux,

Archétype ambigu de goule agonisante,

Rêve un bas-relief des dents de Lamashtu.


Reine des succubes semblant une bacchante,

La canine en sanglots, auprès de ses hiboux,

Se répand, telle une secousse de dégoût.

De son rictus glacé s’imprime l’épouvante,

Archétype ambigu de goule agonisante.



L’Evitement


Un malchanceux touche du bois spirite

Dont circulent, nervures, les échos.

Se répondent les esprits animaux.

Dans les gestes du quotidien, le rite


Comme une habitude en secret s’invite.

Un coup dans le mur, glissants bibelots,

Un malchanceux touche du bois spirite

Dont circulent, nervures, les échos.


Dans le coin des plafonds où l’ombre habite,

Une volute a caressé des mots

En un clin à l’angle mort des sanglots.

La télékinésie de soi lévite.

Un malchanceux touche du bois spirite.



Nuit d’albe


De l’aube revient la fierté mélancolique,

Couleurs déployées en mystère magique

Sur une danse slavonique de Dvořák.

Le druide chamane explore l’or du lac.

Par le sang illuminé des jours, la musique

Ainsi que les vapeurs d’un vin précieux, profond,

Miroite, élégie, un œil fixant le plafond.



Légendes urbaines japonaises, yūrei et Aokigahara


Le Seuil du Mont sacré


Torture blanche, Aokigahara,

Mer d’arbres sans fin peuplée de yūrei,

Vieillards abandonnés dans leur sommeil

Pendant la famine, épand son aura.

Magnétisme déréglant sa boussole,

Le pas de l’égaré plus loin s’isole.

Pendent dans le silence épais et lourd

Les rubans du désespoir sans retour.



Charme terrifiant


Sans jambes, capuchon qui flotte dans la nuit,

Du yūrei plaintif sous son hitaikakushi,

Retenu dans le monde, et hantant les vivants,

Par ses rancœurs et ses rêves mélancoliques,

Passent, frissons furtifs, les soupirs nostalgiques.

O mélopée aux remords des souffles errants !

L’étoffe de l’âme, inspiration de Shakespeare,

Se prolonge, pâleur d’un spectre de vampire.

Ses longs cheveux noirs tombant comme un voile ébène

S’écartent laissant voir un œil lavé de peine.



Le Faubourg interdit


Par un ancien tunnel comblé,

Sous la sombre voûte, accroupi

Dans la pierraille ou rampant,

On accède, enfin, essoufflé,

Vallon du mont Inunaki,

Au « village du chien hurlant ».

De cannibales et de fous

Peuplé depuis l’épidémie,

Le champ de ruines zombie,

Soudain, semble d’appels de loups

Annoncer l’imminent carnage.

Un hiver, au retour tardif,

Dès qu’un ouvrier du barrage

Fut enlevé puis brûlé vif,

Hanté, fut comblé le passage.

D’une exploration urbaine

La rougeâtre fuite encor traîne.



Autres poèmes demandés


Le Papion cynocéphale 


Le babouin coiffé de son némès organique

Semble un scribe au flegme sage et contemplatif.

Sous une charmille en moudhif prédynastique,

Médite, archétypal ainsi qu’un hologramme,

L’avatar calme au regard faussement plaintif.

Mais son croc pourfend, acéré comme une lame

Ou l’ivoire éclatant d’un précieux calame.

Couvert de ses bijoux, le singe semble un masque

Funéraire irisé par le sable en bourrasque.



Caractère


Humanoïde à tête de thon menaçant,

Se retourne à demi l’adipeux, l’air narquois.

Cauchemar d’Innsmouth, avec un rictus grinçant,

L’hypocrite esquisse un sourire de guingois.

Car le sauvage n’est pas toujours sans malice,

Qui geint avec un clin d’œil faussement complice.



Haïku


Grenouille poilue

poignarde avec son propre os

biseau de bambou



Poème extrait de Ego sum Monstrum


Te rejoindre

Je suis un chevalier faé,
Egaré sur sa route, borgne.
Un hibou, Wotan ou Hérou,
Je suis la lueur de ton œil.
La trappe du druide est un trou.
Le papillon s'attrape et lorgne,
Butinant, sagesse, hébété,
Toujours, se cognant sur le seuil.



Le Suceur de chair


Aux taches du soleil mêlé, tel un frisson,

Ecailleux mimétisme tapi, se confond,

Dormant en secret dans l’ombre, un pelacara.

Invisible en perspective superposée,

Stridule à sec la créature camouflée.

A la lisière où commence la selva,

Attend, brillant de l’intérieur, le pishtaco.

Le rôdeur glissant de la nuit cherche une peau.

Patiente, inerte, à peine à l’écart du village,

Croquemitaine andin, l’arracheur de visage.



Atypidae


Deux mygales dodues et violettes,

Jarretelles tissant des tyroliennes,

Et, regard globuleux, que tu descendes.

Le chat veut participer à la fête,

Il se fait dévorer par ces soubrettes.

Nés de la douleur, de joyeux phosphènes,

Ballet couinant de ces poupées friandes,

Dansent dans la mansarde de la tête

Ainsi que le goût d’amères amandes.



L’Orgie mythique


Banquet de Tantale, immolant son propre sang,

Immonde ripaille aux convives surhumains,

On dévora la chair sacrifiée de l’enfant

Lors du plus tentateur et divin et festins.

Le papillon flamboie au sein du coryphée.

Le cheveu dont pendait l’épée radiesthésique

Au-dessus de la fontanelle couronnée

De Damoclès, afin d’accroître la panique

De son plaisir, nivelle un plan philosophique,

Vampirise son corps l’espérance fatale,

Seul invité mortel de cette bacchanale.



Autre poème extrait de Ego sum Monstrum


Inquiétude


                                              Poème en langage des calamars


Visage soudain pris d’un rose pailleté,

Il devient progressivement orangé.

Tandis que s’empourprent les sourcils minuscules,

Comme un lent reflux d’encre, le corps vire au bleu.

Souple, la queue d’azur s’orange peu à peu.

Sourcils plus rouges ; frémissent les tentacules.



Poèmes que vous avez aimés récemment


La Mode revient


De l’ambiance branchée,

Boîte de nuit coincée,

Grince la mélopée


Dans le quotidien, diurne.

Alors, le vieux Saturne

Retourne encor son urne.


Il nous reste l’espoir,

Au grain du temps si noir

D’apercevoir le soir.



Le Morse autophage


Vieux hanap d’un crâne cornu, se renverse

L’amour de pique noir dans le cœur qu’il transperce.

Trophée ivoiré par la lueur des flambeaux,

Le rougeoiement inversé s’obscurcit des crocs.

De l’abreuvoir où le soleil nouveau se berce.



Cauchemar idéal


L’enfant revêtu de son masque chamanique

Chemine, autre avatar, dans un monde onirique.

Lucifuge, à l’écart, en cliquetant bricole.

Choix du double, ainsi qu’un destin alternatif,

Le voyageur né, tel dans une nécropole,

Vanité dont l’apparat séché se désole,

Ouvre une dalle où pénètre son pas furtif

Comme par le détour d’une porte azurée

Ou l’omphalos près d’une fournaise ajourée.



Le Bouffon noir


Araignée à l’angle du plafond, tierce mère,

Paillasse exauce un mime facétieux

Ainsi qu’un faucheux brûlé fuyant la lumière.

Enflamme obscurément son visage pailleux

L’ombre double épaissie en spasme mortifère

Comme une ardeur de sang remontée en ses yeux.

Le fantasme agrippé s’accroche à la matière

En un craquement sec au rictus anguleux.



Résonances d’Acragas


Taureau d’airain où fut grillé son inventeur

Sur ordre du tyran sicilien Phalaris,

Moloch, en avatar cananéen d’Apis,

Ouvre comme un portail infernal son ardeur.

Brasier d’un veau d’or à la flamme invisible,

Se fondent les damnés, tels des génies des sables.

Dans le chaos purificateur, insensible,

S’amuïssent sans fin les cris abominables

Semblant d’un athanor, sombres métamorphoses,

D’un esprit ancien les figures bestiales.

Se manifeste le prodige en toutes causes

Ainsi que des variantes subliminales.

L’écho se perpétue, énigme en l’interstice,

De la compréhension d’un regard complice.



Les Aveugles dans la Nuit


A Mélanie


Cécité du Chaos où le divin Rêveur

Vit en Azathoth la sidérale stupeur,

Avance, Misophaes, le borgne cyclope

Ignorant du vaste Univers dont il se moque.

Mais, telle une angoisse existentielle, se choque

Comme au grand jour éveillé, soudain nyctalope,

Le troisième œil entrouvert de curiosité

Par la vivacité de l’esprit éclairé.

L’explorateur conscient marche, solitaire,

De l’arche de la connaissance à la lumière.



L’Enchantement de la Sorcière


Comme une fleur, se pose un papillon du soir,

Masque en mariposa fermant sur le visage

Les yeux pour un songe au luxuriant paysage.

Yokai le regard au creux des mains en miroir,

Tel en double chiromancie de Tenome,

Voyage un soupir de babils environné

Où se forme dans l’Eigengrau un spectre orange

Qu’un yūrei voit dépasser sous sa sombre frange.

Mais du fond d’un regret que charme l’apparence

Vénéneuse, en sa volupté, de l’innocence,

La psyché voile de son parfum narcotique

La pensée qui s’envole ainsi qu’une musique.



Hydrocéphalie


Les bêtes sont sur le point de nous rattraper,

Chimpanzé habilis ou pithèque doré.

Comme un corbeau rajoutant du bois dans le feu,

L’homme civilisé transmettait son savoir.

A l’heure du déclin bestial le plus noir,

Ce n’est pas le retour du bon sauvage heureux,

Ni du chasseur farouche, athlétique et superbe,

Mais l’avènement plat du perroquet imberbe,

Capricieux et arrogant, tel un enfant

Qui croirait tout connaître et geint stupidement.



Commedia della Morte


Bienveillance assassine au velours castrateur,

L’Antéchrist mielleux minaude son argument.

La caresse resserre un anneau constricteur,

Et le fruit de l’esprit s’atrophie en tombant.

Le mignard ne tolère que la barbarie

Dans ce ballet bouffon dansant sur les décombres

Des ruines de l’honneur et la philosophie.

Dans un amphithéâtre où s’amuïssent les ombres

Des ultimes fantômes de tout idéal,

S’effondrent les statues au front pur et rêveur

D’instants d’un roman vrai qui nous semblait banal

Cependant qu’exulte l’imbu de sa rancœur.



L’Inintention


Descendons par les limbes de flots éblouis,

D’un démiurge hypostase au reflet léonin.

La diffraction se remire à l’esprit humain

Du Principe en des renversements infinis.

Mais le décalage infime, étoile brisée,

Du cycle de Vénus fixe la précession

D’équinoxes étendant la vision d’Archée

De calendriers mayas par combinaison.

Mais chaque Création développe en sa bulle

Une autre conception de lois fondamentales

Quand, affleurant de sa réalité, circule

L’incursion de présences, prophéties fatales

Dont le seul regard crée une autre destinée

Par ce diabolisme à nouveau divisée.



L’autre Thélème


Gardée aux archives d’un couvent d’Agrigente,

Trois siècles plus tard, la lettre de Lucifer

Au sens quadruple ainsi qu’une texte de Sumer

Est déchiffrée. Inspirée à la pénitente,

D’à peine quinze ans, de la Vierge Crucifiée,

La cryptique abomination fut révélée.

Murmurant dans sa cellule, sœur Maria

Fut trouvée en un cauchemar se débattant,

Le visage maculé d’encre et convulsant.

D’alphabets anciens que sa main frêle traça,

Dormit le message oublié dans son mystère.

L’Ange la consuma de sa voix de lumière.

Derrière les arabesques d’un seuil d’airain,

Chuchote, hélas : « Maintenant, le Styx est certain. »



Le Pithèque divin


Tels des primates célestes,

Se rencontrent les humains.

Mondes croisés dont les gestes

Incomprises, souverains,

Rêvent leurs propres destins.

L’enfant de glaise, en dagyde,

Se façonne, encore humide.



L’Haleine des Sagas


Du fond du puits jaillissant, de la connaissance,

Pleure l’œil de Wotan, du Frêne de la Terre

Etreignant l’Univers, dont il tailla la lance,

Sacrifice initiatique d’un hémisphère.

Dans la nuit du Cosmos étincelant de braises,

L’Ase et son destrier à huit jambes surgis,

Tel un tarpan rupestre, le vieux guerrier gris

Fixe un regard furieux aux chthoniennes fournaises.

Du haut de son rocher, songe l’ancien prophète

Aux mondes engloutis où gronde la tempête.



Les Romantiques oubliés


Avec Vesper Lucem


J’avorte mon art, ô calamité du monde !

Mon paysage idéal s’effondre en tremblant.

Malgré le rire insidieux du jour éclatant,

Le remords de mon âme, en lueur vagabonde,


Irradie un sanglot d’absinthe moribonde

Où fuit le soleil poisseux de mon cri mourant.

Tranchant l’imaginaire odieux du firmament,

Allongé aux damnations de la lune blonde,


Les lamentations de ma légende infâme,

Mystique et déchirant sur sa lame mon âme,

Nos aspirations profondes semblent unir.


Des abysses sacrées de la mélancolie

Où les ombres de sa lueur vinrent gésir,

Le crépuscule affronte sa schizophrénie.



                                                      Joël Gissy



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