Lecture de poésie sur Instragram
« Poupons et poupées »
Mardi 28 avril 2026
La Isla de las Muñecas
La cabane au bord de l’eau craque un soir d’été.
Comme un vieux pêcheur sur l’Ile des Poupées,
S’il les ramasse, elles se mettent à bouger.
Ces épouvantails d’âmes, ombres accrochées,
Sous son large sombrero, passe le nocher.
L’Interrupteur
Dessous le drap, soudain, la poupée protectrice,
Idole énigmatique, a son sourire étrange.
Doucement, dans l’obscurité, le regard change.
Le doigt ne trouve pas la lueur salvatrice.
Une poupée vaudou dans une théière sur un pot à thé
Elle se lamentait, seule et désespérée,
Le cul dans la théière et la tête inclinée.
La fée semblait voir la honte d’un prêtre athée.
Un instant succinct, s’était-elle retournée ?
Les Saints Innocents
C’est soir de lune noire, où les jeunes garçons
En des rêves érotiques sont visités,
Par les roux rideaux de ses longs cheveux bouclés
-Ah ! que le sommeil est doux aux gentils poupons…-
Recouverts. D’inconnues leurs fantasmes hantés,
A Lilith s’accouplant, par elle chevauchés,
S’endorment sur le dos, enfantant des démons.
Polyphème béhémothique
Eléphanteau cyclope, trébuchons,
L’enfant butte un froncement difficile.
Thucydide a parlé de la Sicile,
En partie envahie par ces poupons
Au corps engourdi, multiple et géant.
Baryton, paît le mastodonte errant.
La Morsure
Sous l'œil de paon lumineux coloré d'Iris,
L’humanité se referme en zoochosis.
Dissociation crue de la personnalité,
Se fend le cœur meurtri mentant de volupté.
La créature spirituelle éclatant,
Se divise en morceaux diaboliquement,
Comme un symbole aux origines oubliées
Dont les dagydes sont les crânes de poupées.
Je veux la sauver
Dagyde grecque, dans le dos aux poings et pieds
En Egypte il y a plus de deux-mille ans liés,
A genoux, la belle Ayas, fille d’Origène,
Etouffe, condamnée par l’amant qui la gène.
Dans ses yeux, sa bouche et dans tous ses orifices,
D’épingles démesurées durent les supplices,
Invisibles ainsi qu’un odieux sortilège
Par le pouvoir de Ptolémaïs. Rien n’allège,
Depuis la fontanelle au-dessus trépanée,
Dans son cœur, et même sous son pas impossible,
S’enfonçant, ces échasses dont elle est clouée,
Des traits d’un pouvoir occulte ainsi que la cible.
Sourde, aveugle et par ses entraves affamée,
D’argile, attend sans larmes la vierge outragée,
Jouet d’amour fragile en petite poupée.
L’Artiste expirant
Comme Brassens, disait un spirite loufoque,
Ingurgitant des cailloux, insidieux pica,
Suffoqua d’un gaz mortel Emile Zola.
Le feu de cheminée, chaleureux ventriloque,
Etreignit la poitrine embrasée doucement.
Réanimé, sans doute, d’un soupir calmant,
S’endormit le perpétuel étudiant.
Espérons que les mièvres poupées de Toulmouche
Vinssent enfin poser un baiser sur sa couche.
Atypidae
Deux mygales dodues et violettes,
Jarretelles tissant des tyroliennes,
Et, regard globuleux, que tu descendes.
Le chat veut participer à la fête,
Il se fait dévorer par ces soubrettes.
Nés de la douleur, de joyeux phosphènes,
Ballet couinant de ces poupées friandes,
Dansent dans la mansarde de la tête
Ainsi que le goût d’amères amandes.
Le Rocher des Poupons
Réservoir des âmes, secret comme une Gouve,
Moussu, sous la cascade sauvage, un rocher
Frappé d’un bout de baguette de noisetier
Apporte son espoir fertile à qui le trouve.
Du Bubalafels, dans la brume des sapins,
Sommeille la déesse appelée par ces coups.
Alors, naîtront dans la froidure des matins
Les petits arrivants espiègles et doux.
Le Rêve d’un damné
Si la vie m’apportait la fortune un beau jour,
Serais-je un Marc Aurèle ou un Caligula ?
Car ne le surnommait-on pas « notre poupon » ?
Un aigle triomphant ou un lâche vautour ?
Heureusement, personne jamais ne saura.
Par excès de passion dans un élan d’amour,
Mêlant stoïcisme et carnages de Néron,
D’extrêmes opposés, peut-être la fusion.
Histoire d’orchidées
S’effilant de ses péristères en peluche,
Dont le bouton semble un petit moine à capuche,
La fleur du Saint-Esprit paraît vibrer de l’aile.
Les gras pétales crispés, dans la brise, crissent.
Ainsi qu’une chorale rosâtre et charnelle,
Des berceaux de Vénus, les poupons se réjouissent.
Homme nu, se violace orchis italica.
Tel d’un scolopax, grive des bois, où s’abreuve
L’abeille végétale, cil qui jamais ne bat,
La corolle empourprée enclot un crâne obscur.
La fête à son plein pousse encor plus loin, la preuve :
Au milieu de cette orgie végétalisée,
Semble, humide, se pourlécher comme un cœur mûr,
La psychotria « lèvres de prostituée ».
La Peluche maudite
Elfe obscur viking, Labubu,
Doux avatar de Pazuzu,
Répand sa mauvaise ambiance,
Exhalant discorde et violence.
Comme un Brownie de Stevenson,
Mais maléfique, grammaton,
Se diffuse sa rhétorique,
Présomption d’affection ludique.
Sursaut nocturne
Un pantin de la Isla de las Muñecas
Tourne la tête avec un regard luisant.
De bras articulés, les rires d’un enfant
Semblent grincer dans le silence aux maracas
D’un jouet soudain s’animant au clair de lune.
Le fils du vieux pêcheur se souvient de chacune.
Les pèlerins transis de la légende urbaine
Croient voir flotter dans l’eau croupissante et malsaine
-Ou sont-ce les vapeurs de tequilas trop fortes ?-
Une robe à festons parmi les algues mortes.
Perdant prise
Aphrodite égarée obliquant d'un œil louche,
La pâmoison vacille avant qu'il ne la touche,
Joue livide où se pose une élégante mouche.
Le bras dérobé, fiévreux, tel un lys la couche.
L'orbe obscur, la pensée palpite de la bouche,
Se blottissant comme une poupée de Toulmouche.
La
Mère obscure
La Dormeuse anormale,
Au fin visage
pâle,
Souvent, passait ses nuits,
Tous l'avaient
raconté,
Penchée sur le bébé
Avec ses yeux rougis
Dans
ses longs cheveux noirs,
A tousser. Tous les soirs,
On la
voyait sortir
De sous son arbre creux,
Dans un soupir
affreux ;
À l'ombre de son pas,
"Car ils ne viendront
pas !",
Un vieux de m'avertir,
Et j'entends
murmurer
Ses filles : me méfier
De ces buveurs de sang,
De
la maudite enfant.
Spirale polaire
Lignes de civilisation du Mont Poupet,
Aux intersections, les Deltas en archipels
Aspirent les populations de leurs appels.
Le consolateur s’enlace, serpent complet.
Le sel paracelsien se noue en basilic
Des éléments, telle une hydre à son ombilic.
La surpopulation s’élève, ravie,
Par une autre conscience, à la nouvelle vie.
L’incarné d’Osiris traverse la porte, anse,
Cheminant par le dédale de la souffrance,
Le sujet crée le souvenir de la conscience.
Les Passions géométriques
Le guerrier possédé par l’ours tourne en rond,
Arthur revenu de sa réincarnation.
Poupée russe imbriquée des enveloppes d’âme
Dont se matérialise à mesure la flamme
Telle en un brasier rose Qwan-Yin méditant,
Se mord de son venin, comme un sage serpent.
Mythe parallèle
Dans les vapeurs du cornet qu’un Touareg renverse,
Paraît un esprit cornu qui des gonds se berce
Aux portes d’un trou bleu du Loch Ness limitrophe.
Ces grottes affleurant au trouble, catastrophe
Tournant comme un cocon formant une dagyde,
S’ouvrent en chute d’eau où l’on glisse en zigzag,
Le fugitif singeant d’un livre osiriaque.
Par les volutes cuivrées d’une voie humide,
Narghilé des éléments en cornue, Montag,
Pulvérise ton souffle asséchant d’ammoniaque !
Démiurge léonin aveuglé par la torche
Dont il puise à la lumière un cri qui l’écorche !
Le Fil coupé
Coupant la faux de son bec au géométrique
Regard empli de justes lunes ponctuelles,
Fil de dagyde rompu d’un diable à la clique,
En oisillon momie formé de la panique,
Soulevée par ces innocentes gestuelles,
Dédouble sa platitude aux minces parcelles
L’air coquin dans un sens aux lignes actuelles.
Quand décompose un personnage sympathique
Tourné, trigone cérébral, le nerf optique.
Bien plus vieux
Par les contes d'anciens inconscients collectifs,
De la komè dans les coins d'un style dorique,
Se réjouit en pleurant le croc d'un clown antique.
La belle-mère s'est régalée sous les ifs.
Un mime au faciès blafard bat sa breloque.
Sous les coups de pieds, rit le paillasse baroque.
Pitre romain singeant l'hypocrite hellénique,
Evoque, l'ogre inspiré, le démon nordique.
Optimisme matinal
Sourire horrible grimacé,
Se maquille un clown effacé.
De par ses larmes recréée,
Meurt la sculpture frissonnée.
Le démon s'amuse à tracer
Une griffure entrelacée.
Bébé
C'était un nain
Alsacien
Vraiment très bête
Et si méchant.
Posant sa canne,
Il fit le piètre.
Le jeu s'y prête,
Vieux jaune enfant.
L'esprit chicane,
On hésita...
Mais, idiot,
Jetant un chiot
Par la fenêtre,
Il ricana.
Dématérialisation
Lobotomie transorbitale
Aux couleurs tranchées en fractale,
Les loups se mêlent, égarés.
Aux jardins de Sémiramis,
Se démultipliant l’iris,
Peuple de bouffons bariolés,
Ricanant fixement, leurs faces,
Escaladant en des grimaces,
Circulent
comme la clarté
D’un escargot écoquillé.
L’œil torve amoindrit sa pupille ;
La personnalité vacille.
Heureusement
Primitif débile ou dégénéré,
Notre époque hésite entre les extrêmes.
Vive le progrès ! La modernité
Dissèque ou dévore, au choix, sans pitié.
Haine de soi, se détestent les mêmes.
Le bouffon terni s'est désenchanté.
Idée
de clair-obscur en peinture flamande
Ce n'est pas tant
l'abrutissement de l'époque
Mais son érection en modèle qui
me choque.
Valeur stable en tous les temps de l’humanité,
Sans
honte, a disparu sa sainte humilité.
Le côté primitif privé
de sa vigueur,
Le bouffon se retourne avec un air vengeur.
Kermesse sinistre
La manifestation bariolée de la Brute,
A son accordéon, paillasse en parachute
Nous piège atterrissant près de son chalet
Où je vis un amour que servile on distrait.
Et pourtant, notre refuge à sa roche abrupte
S’agrippe, espiègle intimité, en une étreinte
Secrète et familière où d’un tour il me tente.
Pénétrant, puis comme aspiré dessous sa tente,
Le quart du poignet dans un mouvement de crainte,
Avive à peur la flamme bleue, le soulevant,
Et ce chapiteau tourbillonne sous le vent
Telle une montgolfière en un souffle happé,
Juste un peu perdant pied au ciel pour essayer.
Le Suceur de chair
Aux taches du soleil mêlé, tel un frisson,
Ecailleux mimétisme tapi, se confond,
Dormant en secret dans l’ombre, un pelacara.
Invisible en perspective superposée,
Stridule à sec la créature camouflée.
A la lisière où commence la selva,
Attend, brillant de l’intérieur, le pishtaco.
Le rôdeur glissant de la nuit cherche une peau.
Patiente, inerte, à peine à l’écart du village,
Croquemitaine andin, l’arracheur de visage.
Tako to ama
Le
poulpe enlaçant le sein de l’ama,
Femme de la mer, aspire la
noix
De sa conque, écho de Kamishima,
En longs claquements
qui semblent, sans voix,
Un gloussement muet mais éloquent.
Des
crispations, langueur érotique,
Un tentacule insinue en
glissant
Son rêve hésitant. Les muscles se
bloquent,
Contractés des chouins d’un spasme élastique
Entre
les clapotements qui se choquent.
Les Marins alsaciens
Près d’un vieux chemin de fer désaffecté,
Abords d’une rive très peu connue du Rhin,
Rigolant avec leurs casquettes de marin,
Ils ont fini par m’accueillir, étrangeté,
Entre Strasbourg et Kehl, une chope à la main.
Le long des canaux, rouillent des bateaux anciens.
Derrière le rideau, des marins alsaciens.
Aux Imbéciles heureux
Voulez-vous mes années de vie ?
Du lendemain reste gâté,
Cadeau d’un traître, empoisonné.
Traîne en pourrissant l’agonie.
Les Deux Fontaines
Dans un noble hôtel tout de marbre florentin,
J'avais rêvé d'un blason, puis d'un palais mien.
D'effroi me crispant à trois heures du matin,
Un spectre au bois de lit avait frappé soudain.
Près du départ, tambourinant, le lendemain,
Puis dans un froid silence, à la porte du coin,
Une silhouette en simarre dans un clin
De seconde a disparu, reculant, plus loin.
Sifflements inconnus
Tel de silbos, le vent s’anime,
Frôlant la blancheur d’une cime.
Un
puant mais gentil migou,
En Afghanistan barmanou,
L’Abominable homme des neiges,
Sympathique, hurle ses arpèges.
Avec des moines tibétains,
Dansait dans ses pelages beiges
Le géant parmi ses cousins.
Tako to ama
Le poulpe enlaçant le sein de l’ama,
Femme de la mer, aspire la noix
De sa conque, écho de Kamishima,
En longs claquements qui semblent, sans voix,
Un gloussement muet mais éloquent.
Des crispations, langueur érotique,
Un tentacule insinue en glissant
Son rêve hésitant. Les muscles se bloquent,
Contractés des chouins d’un spasme élastique
Entre les clapotements qui se choquent.
Joël Gissy
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